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Palais Jacques Coeur

Les deux tympans aux trois arbres

 

Julien Champagne dessine le croquis d'un des deux tympans "aux trois arbres" de la cour du palais. Fulcanelli le commente à la fin du chapitre des caissons du château de Dampierre sur Boutonne, dans son deuxième livre "Les demeures philosophales".

 

Julien Champagne et le palais Jacques Coeur de Bourges, tympan au trois arbres

Dessin de Julien Champagne. Edition originale de 1930, tirée à 330 exemplaires

 

Julien Champagne intitule ce croquis "L'engagement secret".

Ses dessins illustrent les éditions originales de 1926 et 1930 publiées par l'éditeur Jean Schemit. Les rééditions de Jean Jacques Pauvert ont mutilé l'oeuvre de Champagne et de Fulcanelli en remplaçant ses dessins par des photos en noir et blanc.

 

 

Palais Jacques Coeur de Bourges, tympan au trois arbres

Palais Jacques Coeur. Le tympan au trois arbres, côté gauche.

 

Le tympan où passe le visiteur pour rentrer dans la cour annonce que celle-ci est comme un jardin. Arrivé dans cette cour, les deux tympans aux trois arbres, plantes et végétaux le confirment.

Ce jardin médiéval est le lieu de la quête de l'amour courtois, de l'apparat, de la création musicale et poétique, enclos à l'abri des regards dans la forteresse que constituent les bâtiments de ce palais, érigés sur un plan rectangulaire.

Jacques Coeur veut impressionner ses visiteurs. L'architecture sert son image sociale et son ambition politique.

Fulcanelli commente le tympan de gauche, qui couronne l'entrée de la salle des fêtes au rez-de-chaussée et de l'escalier à vis. Il identifie les trois arbres : de droite à gauche un palmier, un figuier et un dattier. Il révêle que la lecture cabalistique des noms grecs de ces arbres exotiques donne la clef de lecture du tympan. Au sujet des sages placé au centre de la composition répondent les deux magistères, blanc et rouge, qui l'encadrent.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

Cependant il semble que l'identification des deux arbres placés à gauche soit différente.

A gauche le feuillage de l'arbre désigne un acacia. Les seize boules insérées dans le feuillage ne sont pas des fruits, mais des grappes de fleurs. Il s'agit de l'albizzia, ou acacia de Constantinople, du nom d'un naturaliste florentin qui rapporte des graines en 1740. Cet arbre ornemental est recherché en Orient pour son ombre légère.

 

Acacia de Constantinople

 

Palais Jacques Coeur, détail d'un tympan, l'acacia de Constantinople

Acacia de Constantinople

 

Au centre du tympan les feuilles de l'arbre appartiennent à un oranger qui porte treize fruits et onze fleurs. Un vitrail du palais montre ces mêmes feuilles et fleurs d'oranger autour du blason de jacques Coeur.

 

Palais Jacques Coeur, détail d'un tympan, l'oranger

L'oranger

 

Nous avons alors trois arbres exotiques, l'acacia de Constantinople, l'oranger et le palmier-dattier.

 

Palais Jacques Coeur, détail d'un tympan, le palmier

Palmier-dattier

 

Imaginons Jacques Coeur expliquant à ses hôtes ces arbres, découverts au cours de ses voyages maritimes vers la Crète, Chypre, la Palestine et Alexandrie. Devinons la tête médusée de ses interlocuteurs qui ne connaissent que la région de Bourges, alors que Jacques Coeur évoque, au delà de cette végétation exotique et de ses senteurs, le climat si différent, les populations colorées, les langages et coutumes étranges.

Comme il doit se sentir différent, fort de cette expérience unique du commerce international, des petits princes féodaux berrichons sans culture, ne sachant, pour la plupart, ni lire ni écrire. Quel écart entre ces deux mondes. Les barbares ne sont peut-être pas où l'on pense.

Par ces arbres, Jacques Coeur affiche sa différence. L'Orient est son Eden. Voilà le message donné.

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

Une plante figure deux fois, répétée de part et d'autre de l'oranger central. Sa tige haute, au feuilles oblongues et pointues, porte une fleur à cinq pétales. Son emplacement au centre de la composition atteste de son importance dans le négoce Coeur.

De quelle plante peut-il s'agir ?

 

 Plante de lin, palais Jacques Coeur

 

C'est une plante à fibres, le lin. Cultivé depuis la plus haute antiquité, sur les bords du Nil comme en pays de Cau, au nord de la France, il est au centre du commerce de tissu de Jacques Coeur.

 

A gauche de la composition une plante fine, aux feuilles oblongues, montre des petites fleurs en grappes à quatre pétales. Cette plante est une guède, ou waid, en langage picard. Celle-ci fournit cette teinture bleue pastel si renommée, utilisée depuis des temps reculés et jusqu'au XVIIème siècle. Cultivée principalement vers Amiens son commerce produit une telle richesse que la construction de la cathédrale se fit en seulement cinquante ans, temps très court pour une cathédrale. Sur sa façade ouest la waid s'étale en de longues frises décoratives.

 

Feuille de guède ou de waid

Les feuilles de la guède, ou waid, seule partie utile de la plante.

Lien sur la photo.

 

Jacques Coeur réalise un important commerce avec le drap. Ce mot ne désigne pas des draps de lit mais des pièces de laine tissée. Longues de plusieurs mètres, elles sont destinées à de multiples usages. Jacques Coeur impose des critères de qualité lors des fabrications, comme le poids de laine par pièce de tissu, affermissant ainsi la renommée de sa production. Il est hors de question de décevoir ses acheteurs orientaux car son négoce repose sur la confiance. Il est normal que la guède, ou waid, plante tinctoriale dont les feuilles fournissent ce bleu pastel magnifique, fasse partie du négoce de Jacques Coeur. Elle permet de teindre les pièces de laine ou de lin. Elle figure à ce titre sur ce tympan de porte, expliquant ainsi une des bases de son commerce et de sa richesse.

A droite du palmier une autre plante intrigue. A quelle qualité doit-elle de figurer ici ? Est-ce une autre plante tinctoriale, symétriquement placée à la guède ou waid, et qui donnerait une teinture rouge ? La garance, dont la racine produit le rouge, ne semble pas cultivée en France à cette époque, mais en Flandres. Cette sculpture représente-t-elle la garance ? Les feuilles de la garance poussent en bouquet, les pétales de la fleur sont pointus. L'identification à de la garance n'est pas évidente. Cependant le contexte symbolique désigne une plante tinctoriale. Une autre teinture, le jaune, s'extrait de la gaude. Cette plante, au physique très différent, ne peut être celle montrée ici.

 

Palais jacques Coeur, détail de plante

 

Quatre paquerettes fleuries égayent le parterre végétal finement sculpté sur le bas du tympan. Nous en retrouverons dans la salle dite du trésor et au dessous dans la salle de la Nymphe céleste.

Palais jacques Coeur, détail

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

Un dernier élément de ce tympan étonne. De part et d'autre de la plante de lin située à gauche de l'oranger deux plumes sont fichées en terre, comme sur le tympan de la porte d'entrée, côté rue.

Cependant elles sont différentes. Si celles du tympan de la porte d'entrée ressemblent à des plumes d'autruche, celles-ci sont plus petites, raides. Leur sommité ne se recourbe pas. Ces plumes sont faites pour porter ou diriger. Ce sont des plumes rémiges ou porteuses, fixées sur l'aile, ou directrices, fixées sur la queue.

 

Palais jacques Coeur, détail des plantes du tympan

Les deux paires de plume de ce tympan aux trois arbres

 

Si les plumes permettent d'écrire comme des calames, elles font également penser à l'oiseau dont elles proviennent. Ne sont-elles pas des plumes de pigeon ? Dans les hauteurs de ce palais le visiteur peut voir un magnifique pigeonnier rénové. Il est certain qu'il ne fut pas utilisé par Jacques Coeur, car il n'y habita pas. Cependant l'usage de ce pigeonnier, même s'il est plus tardif, renvoie au pigeon voyageur et à son emploi.

 

Plume de pigeon

Plume de pigeon

 

Palais Jacques Coeur, le pigeonnier

Pigeonnier du palais Jacques Coeur, situé sous les combles.

 

Lors de son premier voyage au proche-orient, en 1432, son voyage "test", Jacques Coeur se sépare de ses compagnons pour se rendre à Damas. Sa présence est attestée par Bertrandon de la Broquière, écuyer premier tranchant de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en mission secrète dans cette région et qui laisse un récit de son périple (lien sur la "Bibliothèque nationale de France" en ligne Gallica). Ce personnage étonnant croise à nouveau celle de Jacques Coeur, quelques anées plus tard. Nous le retrouvons, installé à Bourges en mission diplomatique pour plusieurs mois, lors de l'apogée de la carrière de Jacques Coeur. Il est fort improbable, voire impossible, qu'ils ne se soient pas de nouveau rencontrés.

Cette ville, entre autres, est réputée pour sa science colombophile ou l'art d'élever et d'utiliser des pigeons-voyageurs.

 

Colombarium à Damas

La science colombophile au moyen-orient. Lien internet sur la photo

 

Lors des croisades, les sarrazins comme les croisés utilisent les pigeons-voyageur.

Jacques Coeur et ses capitaines de galée ramènent-ils de leurs voyages cette précieuse science? Les deux plumes entourant la plante de lin indiquent-elles cette manière encore méconnue en occident de communiquer sur de grandes distances ? Un pigeon voyageur, en effet, est capable de voler sur plusieurs centaines de kilomètres. Sorti de sa cage, il retourne toujours à son lieu de naissance. Le voyageur peut ainsi faire parvenir de minuscules textes attachés aux pattes de l'oiseau au correspondant resté au pigeonnier natal.

Cette éventualité est fort probable. De véritables services postaux, composés de pigeons-voyageur, voient ainsi le jour, tant en Orient que, beaucoup plus tard, en Occident. Assurément Jacques Coeur bénéficie de ce puissant moyen. Il permet les échanges entre ses "facteurs", gérants de comptoirs commerciaux, partout en France. Il peut aussi permettre des échanges entre ses galées, ses navires, et la terre. Pour Jacques Coeur cet usage n'est pas prouvé, mais il est plus que probable car il a cotoyé des institutions qui l'utilisaient largement. Les deux plumes fichées en terre montrent, en effet, qu'elles ont une valeur particulière à ses yeux. Quelle autre fonction pourraient-elles avoir ?

Lors de la prise de Saint Jean d'Acre en 1291, dernière ville franque en Terre Sainte, deux pigeonniers permettaient l'échange des précieuses nouvelles. Si le premier appartenait au roi, le deuxième servait les Hospitaliers.

En 1444 Jacques Coeur rend un immense service à l'ordre des Hospitaliers, basé à Rhodes, et à son 36ème Grand Maître, Jean de Lastic (1371-1454), permettant un arrangement diplomatique vital avec le sultan d'Egypte, face aux ottomans. Cette île est le dernier bastion chrétien, placé à seulement 20 km de la plus proche côte turque. Les Hospitaliers sont également installés à Famagouste, le fameux port oriental de l'île de Chypre, ultime port chrétien en méditerranée, à 180 km de la palestine. Cette dernière ville portuaire est incontournable pour le réseau commercial de Jacques Coeur. Ces galées y font relâche. Partant de Montpellier et arrivant à Beyrouth, elle naviguent sur plus de 3200 km. Trouver un port chrétien ami, si près du but, est un atout majeur. Bénéficier de l'appui des Hospitaliers en cette contrée, organisation proche de celle des Templiers dissoute en 1312, est extraordinaire.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

 

Avant d'examiner les lettres gravées dans le cadre rectangulaire qui entoure les trois arbres, regardons l'autre tympan, placé juste à droite.

 

 

Palais Jacques Coeur, deuxième tympan au trois arbres

Le tympan de droite

 

Ce tympan montre également trois arbres. Nous sommes toujours dans un jardin. Au centre de la composition un oranger porte treize oranges et treize fleurs. Il est le seul élément végétal commun aux deux tympans. A sa droite un olivier est garni de cinquante trois olives. A gauche un grenadier montre neuf grenades.

Au sol, deux plantes entourent l'oranger. A gauche une magnifique cardère lance ses feuilles pointues et sa tête épineuse vers le ciel. A droite un beau chardon à deux fleurs, le "chardon aux ânes", déploie comme sur un herbier ses redoutables feuilles épineuses.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

Mais qu'est-ce qu'une cardère ?

La cardère, confondue avec l'espèce des chardons, est une plante épineuse, très haute sur pied, poussant en plein champ. Une des deux variétés, avant sa totale disparition au XIXème siècle, la "cardère des villes", faisait l'objet de tous les soins à l'époque de Jacques Coeur.

 

Palais Jacques Coeur. Cardère, plante des tisserands

Revue "La Hulotte", lien vers le dossier "Cardère des villes".

 

Cardère des tisserands, revue "La Hulotte"

Cardère, plante utilisée par les tisserands. Revue "La Hulotte"

 

A son époque elle se cultive sur de grandes surfaces. Sa tête, porteuse de graines, est coupée puis séchée au soleil. Les graines tombent sous l'effet de la dessication. La tête, alors, est fixée sur une sorte de pelle en bois, appelée "croisée". Une fois remplie de quatorze têtes cet outil très particulier sert à lisser les pièces de draps de laine. Après les opérations classiques de cardage, de tissage et de foulage, cette opération, à l'aide des "croisées", permet de griffer de nombreuses fois chaque pièce de tissu, doucement, à l'aide des piquants souples orientés vers le bas de la tête de cette variété de cardère.

A Semur en Auxois, au XVe siècle, la corporation des drapiers et tisserands fait représenter leur métier, gestes et outils, sur un vitrail en huit panneaux dans la chapelle Saint Blaise, leur saint patron, à la collégiale Notre-Dame. Ce vitrail, unique en son genre, enseigne la manière d'utiliser la cardère au moyen de la croisée.

 

Collégiale de Semur en Auxois. Vitrail des tisserands. La cardère, outil à peigner

Collégiale Notre-Dame, Semur en Auxois. XVe siècle, vitrail des tisserands, panneau du cardage.

 

Collégiale de Semur en Auxois. Vitrail des tisserands, détail

Collégiale Notre-Dame, Semur en Auxois. Détail de la pelle-en-bois, la croisée à carder, remplie de treize cardères.

 

Ainsi le tissu acquiert un aspect soyeux et de feutre doux. Cette opération s'applique aux tissus de valeur, destinés aux grands personnages.

Par la présence de cette plante sur ce tympan, Jacques Coeur souligne  son activité dans la confection des tissus et de leur négoce. Il se démarque des représentations guerrières et héraldiques de la noblesse. Nous sommes également loin d'un symbolisme à prétention alchimique.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

A droite de l'oranger un magnifique "chardon aux ânes" dresse ses piquants.

 

Chardon_aux_anes.jpg (52760 octets)

Source Wikipedia

 

Il n'est plus question ici de montrer un élément de technique de fabrication mais, à mon avis, de délivrer un message symbolique.

Cette plante n'est d'aucune utilité pour l'industrie du drap. Sa seule qualité est d'être une plante agressive, intouchable, tant ses piquants forment une défense efficace. René II de Lorraine (1451-1508) accole sa devise "Ne me touche pas, je pique" à cette plante, emblème de la Lorraine. Louis XII (1462-1515), roi de France, choisit comme emblème le porc-épic. Sa devise porte "Qui s'y frotte s'y pique". Le linteau de la grande cheminée du salon de l'hôtel Lallemant, à Bourges, reproduit cet emblème.

Le sens est le même : "Ne me touche pas". Il est évident que Jacques Coeur, avant ces grands personnages, adresse là un message commercial similaire à ses concurrents. Certainement adresse-t-il aussi un message politique aux intriguants, aux côteries, gravitant autour de son roi Charles VII (né en 1403, roi de 1422 à 1461).

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

Sur le sol végétal de ce tympan figurent aussi à droite et à gauche deux rosiers. Ils portent chacun deux roses, dont une au sommet, et deux boutons de roses en train d'éclore.

 

Palais Jacques Coeur, détail, deux plantes

 

Nous sommes encore devant une plante à épine, comme la cardère et le chardon. La rose, symboliquement, est la fleur que cherche à cueillir l'amant au centre du jardin mystique. Ici, les roses sont rejetées sur les bords, comme de discrets éléments. La Rose, symbole parfait de la quête mystique, alchimique, doit-elle être prise ici dans ce sens ? Aucun autre élément ne vient renforcer ce sens de lecture dans les deux tympans de porte. Néanmoins cette Rose, ces deux roses, laissent le visiteur interrogatif.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

Les deux tympans aux trois arbres ne délivrent pas qu'un message symbolique, porté par les figurations végétales. Un cadre de pierre entoure chacun des tympans. Des lettres majuscules se déroulent sur les quatre côtés selon le sens horaire. Ces lettres sont difficiles à discerner car elles sont taillées en creux, alors que les espaces les séparant portent des petits végétaux en saillie, accrochant ainsi le regard, au détriment des lettres.

 

Le tympan de gauche porte inscrit :

D . E . M . A 2coeurs.jpg (1537 octets) I . 8 . I . E

D . I . R . E

E . A . I . R . E

T . A . I . R . E

 

Si la lecture de deux verbes "Dire" et "Taire" est simple, le sens des autres mots n'est pas évident. Nous lirons la signification donnée par Fulcanelli plus loin sur cette page. Le nom de Jacques Coeur apparaît une nouvelle fois sous la forme concise d'un rébus graphique. A la coquille St Jacques placée à gauche répond un coeur double, trônant au centre de la composition. Symétriquement à la coquille St Jacques nous retrouvons, énigmatiques sur le côté droit, les deux plumes. Elles ne sont pas identiques. Placées ainsi elles complètent le rébus. La première indique-t-elle que la coquille et le coeur forment ainsi une "signature" ? Plus large, la seconde plume est-elle un rappel de l'emploi par Jacques Coeur de cette messagerie particulière, les pigeons voyageurs ?

 

 

Jacques Coeur, coquille, deux coeurs, deux plumes

 

 

Le nom de Coeur figure deux fois. Le coeur est double, le premier masquant l'autre. "Coeur" étant le nom de famille de Jacques, il est logique de voir un autre membre de la famille "Coeur" derrière ce second coeur. Il s'agit peut-être d'un membre de sa famille. Jacques Coeur a cinq enfants connus : Jean (1421-1483), devenu évêque de Bourges, Henri, chanoine de la Sainte chapelle de Bourges, Ravant, Perrette et Geoffroy. Il ne semble pas que Jacques Coeur se soit associé de manière notoire avec un de ses enfants. Il est possible que ce second coeur évoque plutôt l'idée de la fratrie "Coeur" qui fut bénéficiaire du népotisme du père, de sa protection.

 

Palais Jacques Coeur, les deux coeurs

 

Par ailleurs, une autre lecture est possible quant à ce double coeur. En effet pourquoi Julien Champagne et Fulcanelli ont-ils choisi ce tympan plutôt que l'autre ?

Doit-on y voir un rébus "deux coeur" mis pour "Decoeur", résolvant ainsi étonnamment l'énigme du rédacteur des Fulcanelli ? Paul Decoeur, né le 9 février 1839 à Vienne (Isère), décédé le 6 mai 1923 à Paris, est cet adepte caché, comme l'explique Filostène, alchimiste belge, lors du colloque consacré à Fulcanelli du 7 mai 2011 au Pradet, dans le Var.

Walter Fulgrosse, alchimiste Portugais, a publié son ouvrage sur la révélation du patronyme de Fulcanelli dès mai 2009, en ayant remonté toutes les indications d'Eugène Canseliet.

Ces deux apports, complètement indépendants l'un de l'autre, se complètent parfaitement.

Au vu du travail d'investigation fourni par Walter Fulgrosse, Filostène décide de révêler des documents en sa possession, obtenus pas son maître en alchimie, Filostène Senior.

Par une synchronicité extraordinaire, le patronyme même de Fulcanelli se trouve déja gravé dans la pierre du palais Jacques Coeur, 577 ans avant la publication, en 1926, du "Mystère des Cathédrales", où seul le pseudonyme "Fulcanelli" est alors mis en avant.

 

Palais Jacques Coeur, les deux coeurs

 

A droite du double coeur le mot I8IE s'inscrit de manière énigmatique. Sur le tympan voisin les lettres inscrites sont rigoureusement les mêmes, sauf celle-là. Sur l'autre tympan nous lisons IOIE, que Fulcanelli décrypte comme "Joie". Ici, plutôt qu'un chiffre, le 8 pourrait être être deux petits O accolés l'un sur l'autre, formant comme un huit. Comme il y a deux coeurs, il y aurait aussi deux O, signifiant par là un redoublement du mot "Joie". Que faut-il comprendre ?

Enfin, entre les verbe antinomiques "Dire" et "Taire" se trouve le mot "Eaire", que Fulcanelli traduit par "Faire". Que peut-on raisonnablement lire d'autre ? "Eaire" n'existe pas. Est-ce une coquille typographique, une erreur du sculpteur, comme le serait aussi le "8" mis pour un "O" ? Ou serait-ce là plutôt un message sous la forme d'un rébus à déchiffrer ? A chacun d'exercer sa sagacité. J'invite les lecteurs à proposer ici leur lecture.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

 

Accolé à droite du premier tympan l'autre tympan porte l'inscription suivante :

D . E . M . A 4feuilles.jpg (1378 octets) I . O . I . E

D . I . R . E

E . A . I . R . E

T . A . I . R . E

 

Le double coeur est remplacé par un entrelac végétal. Le chiffre "8" est remplacée par un "O",  permettant alors la lecture du mot compris comme "Joie", sens donné par Fulcanelli.

Voici le magnifique commentaire de Fulcanelli de cette devise secrète qu'il décrypte ainsi : "DE MA JOIE, DIRE, FAIRE, TAIRE ".

Il écrit, dans son deuxième livre "Les Demeures Philosophales" : "Or, la joie de l’Adepte réside dans son occupation. Le travail, qui lui rend sensible et familière cette merveille de la nature, ... constitue sa meilleure distraction, sa plus noble jouissance ...  Mais que dire, qu’avouer de cette joie unique... ?  Le moins possible, si l’on ne veut point se parjurer, attiser l’envie des uns, la cupidité des autres... Que faire ensuite du résultat, dont l’artiste, selon les règles de notre discipline, s’engage pour lui-même à modestement user ? L’employer sans cesse au bien... Que taire enfin ? Absolument tout de ce qui regarde le secret alchimique et concerne sa mise en pratique ... La devise de Jacques Cœur, malgré sa brièveté et ses sous-entendus, se montre en concordance parfaite avec les enseignements traditionnels de l’éternelle sagesse. Aucun philosophe... ne refuserait de souscrire aux règles de conduite qu’elle exprime et que l’on peut traduire ainsi : Du Grand-Œuvre dire peu, faire beaucoup, taire toujours." (fin de citation)

 

Cet extrait raccourci de Fulcanelli explique que le travail qui rend sensible et familière cette merveille de la nature, à savoir la confection au laboratoire de la Pierre Philosophale, est cette "joie unique". Or, il est difficile d'imaginer comment Jacques Coeur peut placer dans son emploi du temps la recherche de la Pierre Philosophale ainsi que sa pratique au laboratoire, alors qu'il est toujours en mouvement, sur les routes, dans des cités lointaines, en voyage sur des galées pour accomplir de périlleuses missions diplomatiques en Egypte, à Chypre ou à Rhodes ?

Lorsqu'il séjourne à Bourges, il loge chez un des ses "facteurs", en attendant l'achèvement de son palais. Comment un homme qui n'a pas un moment pour lui, qui s'immerge dans les tractations commerciales et diplomatiques au plus haut niveau peut-il trouver le temps et le lieu pour "labourer" paisiblement, secrètement à sa passion de l'alchimie ?

A mon avis, c'est impossible. Les vieux philosophes écrivent : "Ars totum hominen requiret", "L'Art requiert l'homme en entier". La recherche de la Pierre Philosophale monopolise toutes les ressources  intellectuelles, temporelles, du chercheur. Elle exige le silence du laboratoire, la méditation des textes, de nombreux essais pratiques.

Où et quand Jacques Coeur trouve-t-il ce temps ? A mon sens, ce n'est pas possible.

 

Palais Jacques Coeur, vitrail de son blason

 

 

Le cinq septembre 1450 Jacques Coeur donne une fête extraordinaire dans son palais à peine achevé. Son fils Jean, nommé archevêque de Bourges, prend enfin ses fonctions. Celui-ci n'a pas trente ans et a dû attendre quelques années avant que le pape puisse valider cette candidature (1). Décomplexé, le népotisme de son père ne se cache même pas.

La grande cour intérieure du palais reçoit les équipages à cheval, les nobles seigneurs et les bourgeois, riches marchands. Les uns viennent se montrer et, peut-être, solliciter discrètement des prêts. Les autres tentent de conclure des affaires et affichent leur richesse par des vêtements d'un luxe extrême.

Tel aurait été l'usage de ce lieu si Jacques Coeur n'avait connu une disgrâce foudroyante. Arrêté le 31 juillet 1451 sur ordre de son roi à Taillebourg, en Charentes, il ne reverra plus ni son palais, ni son épouse. Accusé d'avoir empoisonné la maîtresse du roi, la belle Agnès Sorel, il est condamné à mort.

Agnès Sorel par Jean FouquetAgnès Sorel, détail du tableau de Jean Fouquet

Agnès Sorel en Vierge à l'Enfant. Panneau droit du "dyptique de Melun". Peinture de Jean Fouquet, 1450, Koninklijk Museum, Anvers, Belgique

Pour en savoir plus sur le mystère de ce tableau, cliquer sur les photos ci-dessus.

Cette Vierge à l'Enfant, thème majeur du christianisme, emprunte ici le visage bien réel d'Agnès Sorel. Cette jeune femme, morte le 4 février 1450 à l'âge de 26 ans, mère de quatre enfants, bâtards du roi Charles VII, est un scandale permanent à la cour de France. Maîtresse officielle du roi, elle bouscule les conventions sociales. Agnès aime le luxe, porte des toilettes somptueuses, lance la mode vestimentaire des épaules dénudées, jugée totalement inconvenante, et des gorges ouvertes, bustier laissant entrevoir le téton du sein. C'est dans cette tenue scandaleuse qu'elle incarne, au sens le plus strict du terme, la Vierge. De plus, elle montre son sein, sans allaiter, à la différence des Vierges allaitantes classiques. Comprenons bien que ce tableau est une provocation à peine voilée, son but étant de magnifier à l'extrême Agnès, nouvelle Vénus chrétienne. Nul doute que cette jeune femme, cette Dame de Beauté, compte autant d'innombrables ennemis que d'admirateurs, dont, bien sur, Jacques Coeur fait parti.

 

Video (3') du gisant de marbre d'Agnès Sorel à Loches, dans la collégiale Saint-Ours.

Cependant l'accusation d'empoisonnement contre Jacques Coeur est lancée, à l'encontre de tout réalisme. En effet, notre Dame de Beauté est la principale alliée de Jacques Coeur en cour, face aux côteries adverses, jalouses de l'emprise politique grandissante de Jacques Coeur auprès du roi Charles VII. L'accusation grossière finit par être levée, mais Jacques Coeur reste en prison pour d'autres chefs d'accusation. La principale raison est d'ordre politique et ne peut être ouvertement révêlée. Il s'agit assurément de sa collusion secrète, menée depuis des années, avec l'ennemi de son père, le dauphin Louis, futur roi de France Louis XI, propre fils du roi Chales VII. Jacques Coeur mise sur l'avenir, mais il perd son pari.

 

 

 

 

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