Assan Dina

L'oeuvre scientifique

 

Photo d'Assan Dina

Photo d'Assan Dina

5) Le message publique d'Assan Dina, son oeuvre scientifique

 

Assan Dina développe une travail scientifique sur deux plans.

Tout d'abord Assan est un ingénieur, spécialiste en hydroélectricité. Il fait donc édifier des centrales électriques utilisant la "houille blanche", procédé innovant qui concurrence les centrales électriques qui sont au gaz ou au charbon. Il gagne sa vie par cette activité.

 

Le deuxième plan est le prolongement de sa reflexion philosophique, développée sur les murs de la chapelle des Avenières et tout au long de ses trois livres, en parfaite cohérence. Cette réflexion philosophique pose de manière centrale et récurrente le lien entre la Matière et l'Esprit, à l'échelle  microscosmique ou macrocosmique, l'homme tenant le milieu. Pour appuyer cette réflexion dans le domaine macrocosmique Assan Dina entend utiliser les instruments que la modernité donne à l'homme. Il souhaite développer un ensemble d'instruments géophysiques pour scruter la terre et le ciel, afin de lever un coin du voile recouvrant l'Univers et sa compréhension. Il décide donc de faire construire un observatoire sur le mont Salève, non loin du château des Avenières, doté des derniers perfectionnements.

Déesse Mout

 

5-a Assan Dina, ingénieur en hydroélectricité

Peu d'information fiables sont disponibles actuellement. Il aurait confectionné des centrales sur plusieurs départements, l'Isère, la Savoie, la Haute-Savoie et l'Aube. A cette époque il y avait une multitude de petites compagnies privées, indépendantes, isolées. Elles ont toutes disparues, ainsi que leurs archives.

Deux centrales électriques d'Assan Dina restent néanmoins visibles aujourd'hui, du moins le site sur lequel elles étaient construites :

 

5-a-1 La centrale hydroélectrique de Bar-sur-Seine, dans le département de l'Aube :

A trente kilomètres au sud-est de la ville de Troyes se trouve, sur le cours de la Seine, la petit ville de Bar-sur-Seine. Son cours d'eau est aménagé, au coeur de la ville par un barrage permettant le fonctionnement d'un moulin, d'une part, et d'une centrale électrique, d'autre part.

Le journaliste M. Jacky Provence, publie un article le 29 juin 2007 dans le journal en ligne "Auboisement" sur ce patrimoine aujourd'hui en danger :

"La seconde partie de l’ensemble des bâtiments est une centrale hydroélectrique. Les travaux débutèrent en 1923. La production d’électricité commença en novembre 1929. C’est sans doute le premier bâtiment du sud du département à utiliser une structure en béton armé (charpente, piliers, terrasse). Le bâtiment abritait quatre turbines. Elles alimentaient deux alternateurs de 220 et 125 kilowatts-heure. La centrale était couplée avec une autre édifiée à Fouchères, qu’elle commandait à distance. Elles alimentaient en électricité 14 communes de la vallée de la Seine entre Bar-sur-Seine et Bréviandes."

 

 

Assan Dina et sa centrale électrique de Bar sur Seine

Bar sur Seine (Aube). A gauche en orange la centrale électrique au toit plat. A droite le moulin à grains s'élève sur quatre étages. La salle des turbines et des alternateurs est munie de grandes verrières. Dessous les conduites évacuent l'eau turbinée dans la Seine.

 

Assan Dina et sa centrale électrique de Bar sur Seine, évacuation de l'eau turbinée

Bar sur Seine (Aube). A gauche la maison haute abrite le transformateur qui éleve la tension électrique afin d'assurer sa distribution sur de longues distances sans pertes.

 

En travers de la Seine, à gauche la centrale électrique, à droite le moulin au fil de l'eau.

 

Il continue : "Le constructeur était un mauricien, Assan Dina. Il était né à Pamplemousses dans l’île Maurice, le 12 avril 1871.... C’était un scientifique qui, grâce aux profits qu’il comptait tirer des usines hydroélectriques installées en Savoie et dans l’Aube, devait édifier l’Observatoire de Haute-Provence, destiné à faire rattraper à la France son retard dans le domaine de l’astrophysique... Le propriétaire actuel a mis de toutes nouvelles turbines et a relancé la production d’électricité. Reste que le bâtiment mériterait une rénovation. La structure en béton armé s’est beaucoup dégradée à certains endroits, en particulier au niveau de la corniche .... Il y a un article sur la construction et la mise en route de la centrale dans le journal "le Petit Troyen" de 1931, avec une photo d’Assan Dina devant le panneau de contrôle de la centrale..."

Nous reviendrons sur cet épisode.

Mout

 

5-a-2 La centrale hydroélectrique de Chosal qui alimente le château des Avenières, en Haute-Savoie :

Assan Dina projette l'électrification du château des Avenières et des communes avoisinantes. Il dresse un plan sur parchemin où figure les différentes communes et l'usine électrique. Il la nomme l'UE, anoté au crayon rouge, à droite sur le plan traçé de sa main, signé et daté du 14 août 1917. Il  précise : "Pour servir à l'éclairage électrique du canton".

Ci-dessous, une partie du plan d'électrification

cliquer sur cette photo pour voir le plan complet et lire quelque commentaire

Assan Dina, plan d'électrification du château et des communes

 

Vous pouvez voir en haute définition le centre du plan uniquement, montrant le château des Avenières.

Vous pouvez voir de même la signature d'Assan Dina.

Cette même année Assan Dina achète des terrains dans la vallée des Usses, situés à quatre kilomètres en contrebas, à vol d'oiseau, du château des Avenières. Il écrit au préfet le 5 mars 1918 pour demander l'autorisation de réaménager le barrage sur la rivière "les Usses". Ce barrage, via une prise d'eau, permet l'alimentation en eau du vieux moulin Chosal. Assan Dina rachète celui-ci en 1919 et  réaménage le canal d'amenée d'eau qui prélève à un kilomètre en amont du moulin une part de la petite rivière. L'eau s'achemine jusqu'à un réservoir maçonné placé devant la centrale.

Au fond du réservoir maçonné part à une conduite forcée en tôle pliée et rivetée - dont il ne reste qu'une portion aujourd'hui - selon la technique de l'époque, fortement inclinée vers le bas. Elle rejoint quelques mètres plus bas la salle des machines, une grande salle dont le niveau du sol est à deux mètres sous terre.

Un déversoir permet à l'eau en excès dans le réservoir maçonné de partir directement dans le canal souterrain, à huit mètres sous terre. Celui-ci évacue l'eau turbinée et la ramène en direction des Usses, en empruntant un tunnel de trois cent mètres de long. Ce tunnel se transforme ensuite en un canal semi enterré, bordé d'arbustes, qui rejoint plus loin le cours d'eau des Usses.

La salle des machines fait environ cinq mètres sur dix. Son sol carrelée se situe à plus de deux mètres sous terre, en rentrant par le côté jardin. Lui-même est en contrebas de deux mètres du chemin situé du côté opposé de la maison. De larges et hautes portes vitrées, toujours existantes, permettent de rentrer les turbines et alternateurs qui sont fixés sur une semelle en béton faisant saillie par rapport au sol. Là la conduite forcée distibue l'eau aux deux turbines verticales. Elles actionnent l'alternateur fixé à l'autre bout de la salle des machines via une courroie. Dans un angle de la salle un magnifique escalier à vis métallique très étroit permet au technicien de monter à l'étage supérieur où il loge avec sa famille. En ce temps là le bruit des machines n'est pas une gêne sur laquelle on s'attarde. Aujourd'hui, évidemment, il n'y a plus aucune machine.

 

cliquer sur les photos pour une vue élargie

Photos des restes de l'usine électrique d'Assan Dina à Chosal

 

Entrée de la salle des machines de l'usine hydroélectrique d'Assan Dina.

Centrale hydroélectrique, porte de maintenance

Cette porte franchie il faut descendre un escalier de 2 mètres de hauteur pour arriver au niveau du sol, des turbines. A l'étage se trouve l'habitation du technicien et sa famille

 

De la salle des machines l'escalier rejoint l'habitation.

Escalier à vis métallique de la chambre des turbines

Un escalier à vis à trois tours monte les six mètres de hauteur

 

A droite, le déversoir, plan incliné très, très pentu,

Galerie d'accès au canal d'évacuation de l'eau turbinée

qui rejoint par quatre ressauts de maçonnerie de 1 mètre de hauteur chacun, environ, l'eau turbinée qui s'évacue par le tunnel. La photo est prise du niveau du sol, côté jardin

 

Porte d'équilibrage de pression

Après avoir descendu les quatre ressauts, nous voici au niveau moins 6 mètres sous terre. L'eau est encore à plus de 2 mètres en contrebas.

Début du tunnel de 300 m de long

En face de nous part le tunnel de 300 mètres de long sous terre, avant de rejoindre l'air libre ! A droite part un court canal au fond duquel se déverse l'eau turbinée.

 

Cheminées métalliques évacuant l'eau des turbines

Au fond de ce canal, à droite, se voit un tuyau sombre, marron. C'est le tuyau métallique qui évacue l'eau une fois turbinée de la premiètre turbine. Juste derrière celui-ci se devine la seconde cheminée à eau. Tout au fond un mur ferme ce canal. Elles sont sous la chambre des turbines.

 

 

Cet usine hydroélectrique représente un véritable tour de force de génie civil, de maçonnerie. Le fond du canal d'évacuation est à plus de dix mètres sous terre. L'ensemble doit représenter près de deux mille mètres cubes de terre et d'enrochement à creuser, étayer, évacuer, puis autant de volume en creux ainsi dégagé à maçonner. Tout se fait à la force des bras car il n'y a pas de foreuse ni d'excavatrice. Cette tâche titanesque a été mené à bien entre 1917 et 1922 par des maçons italiens, approvisionnés en  matériaux par des camions à roues jumelées de la guerre de 14-18 (renseignements communiqués par M. Georges Humbert).

Comparativement l'usine de Bar-sur-Seine est sans doute plus facile à réaliser, les travaux de génie civil étant réduits par rapport à Chosal.

Un rapport technique fait en janvier 1933 par un ingénieur électricien genévois, M. Charles Roger Demole, indique avec précision l'équipement électrique :

" ... L'installation comporte deux turbines verticales, système Francis, avec régulateurs automatiques, construites par la Maison Escher-Wyss & Cie à Winterthur ; elles sont situées un peu au dessus du milieu de la hauteur de chute et travaillent par réaction ; moyennant un débit de 0,925 m/3 sec., elles développent une puissance de 100 à 110 chevaux chacune, au régime de 350 tours par minute, les deux turbines sont acouplées sur le même arbre, qu'elles peuvent toutefois entraîner séparément ; cette disposition permet aux heures de faibles charges du réseau, un rendement meilleur que ne serait celui d'une seule turbine de puissance double, laquelle travaillerait alors dans de mauvaises conditions. Par une transmission à courroies munies d'un enrouleur à contrepoids assurant une adhérence régulière, les turbines actionnent un alternateur triphasé Oerlikon tournant à 1000 tour/minute et débitant 140 KWA sous 5000 à 5250 Volts à 50 périodes par seconde. Le courant d'excitation est fourni sous 100 volts, par une excitatrice de 3 Kw montée en bout d'arbre et réglée par un rhéostat à régulateur automatique système Thury. Un compteur général et divers autres instruments de mesure réunis sur un tableau permettent un contrôle façile de la production de l'usine...."

Ce long rapport se termine : ".... Il convient de remarquer que les installations susmentionnées ont été non seulement éxécutées avec le plus grand soin et au moyen de matériel de premier ordre, mais aussi qu'elles ont toujours été parfaitement entretenues de sorte qu'elles sont actuellement en excellent état, et que les dérangements ont été pour ainsi dire inconnus, depuis près de 15 ans que l'usine est en fonctionnement..." Vous pouvez lire ici le rapport complet de l'ingénieur genévois.

Assan Dina retire des bénéfices de cette activité industrielle innovante. L'électricité fournie est vendue pour 84% de sa production en "Lumière" et pour les 16% restant en "Force", c'est-à-dire les moteurs, pompes etc.... De par son prix élevé dans ses débuts, l'électricité tarde à remplacer les autres énergies, comme le gaz et le charbon. Il est intéressant de lire ici le bilan d'activité de cette usine. Dans le lien suivant vous trouverez le bilan des années 1928, année du décès prématuré d'Assan Dina, à 1931.

Mettons en rapport le prix d'achat par Mary Shillito, en mars 1906, des 84 hectares de terrain nu pour une montant de 500 000 Francs - en valeur 1928, soit 100 000 Francs en valeur 1906 - , avec les 114 000 Francs de bénéfices nets que rapporte la vente d'électricité en 1928 par cette petite usine.

L'usine hydroélectrique de Chosal permet d'éclairer le château tout en procurant des revenus à son propriétaire, Assan Dina, au fil des années. Mary Shillito a-t-elle été partie prenante financièrement dans cette aventure ? Il serait intéressant de le savoir, afin de mieux cerner le niveau d'indépendance financière de Assan par rapport à son épouse Mary. Souvenons-nous qu'il y a eu un contrat de mariage fait devant notaire entre les époux, donc séparation de fortune.

Déesse Mout

5-b Assan Dina, le projet du plus grand observatoire de France

Assan Dina nous transmet sa vision du monde. Pour cela il utilise les cartes du jeu de tarot sur les murs de la chapelle bleue, habillées de symboles chimiques et planétaires. Il publie également trois livres pour un public plus large. Comme il croit au bienfait de la science et à sa vulgarisation, il approfondit également sa réflexion philosophique en s'appuyant sur les découvertes permises par la dernière génération d'instruments scientifiques.

Dès 1916 il projette un centre d'observation de la terre et du ciel : "Je suis en train de monter un grand observatoire contenant une lunette astronomique de 600 "/" de diamètre effectif, un laboratoire météorologique complet, et un observatoire sismologique également complet.", écrit-il dans une lettre datée du 4 juillet de cette année que vous pouvez lire en cliquant ici.

Assan Dina mène donc de front plusieurs chantiers. Les mosaïques représentant les cartes de tarots de la chapelle bleu sont en cours de réalisation. Les trois livres sont en voie d'achèvement. La centrale électrique des Usses est en projet, il achètera bientôt les terrains nécessaires. Enfin, Assan Dina a la tête dans les étoiles avec ce projet grandiose. En effet ce projet est un véritable défi à la science. Il est presque déraisonnable. Est-il même réalisable ?

Assan voit grand, "pour la gloire de la France", écrit-il. Il voit grand  pour faire progresser ses connaissances scientifiques. Il voit grand pour faire surtout progresser ses connaissances philosophiques, métaphysiques. Ne l'oublions jamais, Assan Dina est avant tout un humaniste, animé du désir de la connaissance, de la connaissance du monde des causes. Et ce monde causal, les instruments scientifiques permettraient de l'entrevoir. Tel est le crédo de la science triomphante en ce début du XXème siècle.

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

 

Mais 1916 est une mauvaise année. La guerre est déja sur le territoire national, fauchant les jeunes hommes par centaines de milliers. La première guerre mondiale est là. La France se bat, la France souffre.

Cependant le désastre est évité de justesse. Grâce aux nouvelles technologies déployées durant le conflit, le capitaine Ferrié sauve la nation de l'armée allemande arrivée en bord de Marne. Il est un  spécialiste de la TSF, télégraphie sans fil. Il avait fait placer dès 1909 six filins métalliques de 425 mètres chacun du sommet de la tour Eiffel jusqu'au sol, déployant ainsi une antenne d'une taille gigantesque, invisible de loin, augmentant ainsi considérablement la portée des écoutes radio. Un détachement de l'armée allemande arrive sur la Marne, mais épuisé, début septembre 1914. Il est prêt à fondre sur Paris qui est perdue. Sûrs de leur victoire les allemands émettent en clair. Leurs communications sont interceptées. Le capitaine Ferrié alerte le haut commandement français aussitôt. L'opération des "Taxis de la Marne" est lancée, sauvant Paris et la France d'un désastre militaire certain. Ferrié est promu général.

A la fin de l'année 1922 le général Ferrié rencontre Assan Dina par l'intermédiaire du colonel Delcambre. Assan Dina est âgé de 51 ans, Mary Shillito de 44 ans.

Nous venons de rencontrer le général Gustave Ferrié, gloire nationale, né en Maurienne en 1868, décédé en 1932. Arrêtons nous un instant sur le colonel Delcambre.

A la sortie de la guerre le colonel Emile Delcambre, né en 1871, est le chef du Bureau Météorologique Militaire. Il poursuit dans le civil sa carrière en météorologie et impulse la création de l'Office National Météorologique qu'il va diriger de 1921 jusqu'à sa retraite en 1934.

 

En effet il est à cette époque absolument impératif de développer la compréhension des "météores", phénomènes naturels célestes de basse et de haute atmosphère, tels grêle, pluie, foudre, brouillard, tornade. Il faut également étudier l'activité terrestre, la "physique du globe", qui inclue la sismologie et le magnétisme ainsi que l'activité au-delà de l'atmosphère, telles l'activité solaire et l'activité des comètes, vagabonds de l'espace.

Assan Dina a peut-être une autre raison pour vouloir observer ces "météores".

Faisons un retour en arrière de quelques années. En effet, l'année 1910 a failli voir la fin du monde, la fin d'un monde.

L'hiver 1910 amène aux parisiens le Déluge. Il pleut sans discontinuer, durant des semaines et des semaines. La Seine monte, monte inexorablement. Les parisiens inquiets voient la Seine petit à petit engloutir le Zouave du pont de l'Alma. Puis, le 28 janvier, la Seine sort de son lit, terrible, ravageuse, impétueuse. L'inondation recouvre tout, noit tout. Elle amène la désolation, la pourriture, la maladie. Des cadavres flottent à la dérive. Deux cent mille personnes sont frappées, cinq cent hectares sont inondées, une habitation sur six est dévastée. La famine menace. L'eau monte à la côte 8,60 mètre à la gare d'Austerlitz. Paris n'est plus qu'une mare nauséabonde où l'on ne circule qu'en barque.

Paris finit par sortir du cauchemar de ces journées inondées et glacées. Les beaux jours et la chaleur reviennent.

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

Mais après le déluge par l'eau, Paris et le monde entier se préparent à un déluge par le feu.

En effet une nouvelle comète, la comète de Halley, frôle la terre dans la nuit du 18 au 19 mai 1910. Les astronomes la suivent depuis plusieurs mois. Ils annoncent la catastrophe. Elle frôlera la terre sans la toucher mais, hélas, sa gigantesque queue pénètrera dans notre atmosphère, au risque élevé d'empoisoner une partie des habitants de son haleine venimeuse, de son haleine au cyanogène.

En Europe des désespérés se suicident. La population est apeurée, terrifiée. Notre astronome national, Camille Flammarion, alimente la grande frayeur. Certaines personnes, croyant la fin venue, se ruinent en menant grand train de vie juste avant la date fatidique.

 

Si Assan Dina veut étudier ces phénomènes pour sa recherche philosophique, le monde moderne veut les étudier pour ces raisons concrètes et matérielles évidentes. Il n'est plus question de subir la fatalité. La science doit développer la prévision météorologique dans un but de prévention. C'est dans ce contexte large qu'il faut replacer la rencontre d'Assan Dina, "simple" ingénieur en hydroélectricité, avec le chef de météorologie nationale, le colonel Emile Delcambre, et le général Gustave Ferrié, promu à l'observation astronomique.

Pourquoi cette rencontre, apparemment incongrue, entre des personnes de mondes si différents ?

Sans avoir de réponse sûre, le projet d'observatoire d'Assan Dina est vraisemblablement entendu de  ces deux messieurs. Assan Dina amène un projet. Il amène surtout un financement qui semble sans limite. Messieurs Ferrié et Delcambre sont chargés par le gouvernement de développer la météorologie et l'astronomie, mais leur financement est limité. Il y a donc convergence d'intérêt.

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

Le 20 mai 1923 le général Ferrié écrit à Monsieur André Danjon (1890-1967), aide-astronome à l'observatoire de Strasbourg, pour lui demander de travailler avec Assan Dina sur la préparation du projet de l'observatoire.

Extrait de cette lettre :

"(Assan Dina et Mary Shillito) désirent installer sur le Salève un peu au dessus de leur château des Avenières ... un observatoire d'astronomie physique, s'occupant aussi de géophysique (sismologie, météorologie, etc.). La liaison de l'observatoire avec l'extérieur serait assurée par plusieurs moyens. Il existe déja une trés bonne route allant jusqu'au château. les Ponts et Chaussées vont en outre commencer, aux frais de Monsieur Assan Dina, une autre grande route qui traversera tout le Salève et dont un embranchement ira jusqu'à l'observatoire. Un cable télégraphique sera installé entre l'observatoire et le bas du Salève, et une (auto) chenille Citroën est déja achetée..."

 

Le projet est donc en d'excellentes mains et toutes les conditions sont réunies. Une telle entreprise est néanmoins d'une si grande complexité technique qu'Assan Dina ne peut pas en assurer seul la maîtrise d'oeuvre. Il n'en a tout simplement pas la compétence, n'étant pas astronome professionnel. C'est pourquoi le général Ferrié demande à son ami astronome, André Danjon, de lui faire un rapport, un avant-projet d'organisation d'un observatoire d'astronomie physique. Danjon rend son rapport, qui est daté du 15 juillet 1923.

 

Nous devons nous y arrêter absolument car il pose toute la problématique contenu dans ce projet.

Extraits de la lettre :

" Le plan d'organisation d'un observatoire dépend étroitement de son programme et des méthodes de travail que l'on se propose d'adopter. Il est donc essentiel de préciser maintenant ces deux points.

"...C'est l'astronomie stellaire qui a donné les découvertes les plus importantes des vingt dernières années.... L'observation directe ne donne aucun renseignement sur la structure des étoiles... C'est l'analyse de leur lumière qui nous apprend tout.... intensité, composition spectrale (éléments chimiques constitutifs)... voila ce qu'il faut déterminer si l'on veut tirer de la lumière des étoiles tous les renseignements.....

" ... Ce sont des appareils de physique qui rendent cette analyse possible. Quant au télescope, son rôle est surtout de condenser le plus de lumière possible sur les appareils d'analyse. C'est pourquoi il doit être grand et parfait.

"...  On a déja beaucoup parlé, en France, de la création d'un grand observatoire de montagne, et j'ai   souvent dit qu'un tel établissement ne serait pas viable dans le cadre administratif des observatoires officiels. Son activité serait éphémère comme l'éclat d'un feu de paille.... La routine s'emparerait bientôt du personnel, astreint, comme c'est l'usage, à un service machinal... Aussi verrait-on cet  observatoire s'endormir sur quelque besogne de longue, de très longue haleine, confiée à des fonctionnaires de tout repos, soucieux de ne pas troubler l'ordre établi....

" ... Les Américains ont évité le péril, soit en créant de véritables cités scientifiques autour de leurs   observatoires, soit en se retrempant dans la vie universitaire par de fréquents voyages.... Mais ce que l'Etat ne peut pas faire, il appartient à l'initiative privée de le réaliser, en France comme aux Etats-Unis...

" ... Grand télescope : la construction et l'installation d'un grand télescope soulève d'importantes questions qui ne peuvent être résolues qu'après de longues études...

" ... Dimension du miroir : Je n'ai pu trouver dans les périodiques (spécialisés)... aucune indication authentique se rapportant aux miroirs de trois ou de cinq mètres (de diamètre) qui auraient été coulés, et je tiens ces miroirs pour inexistants.... Pour qu'un miroir soit utilisable, il faut que sa surface soit un paraboloïde réalisé à une petite fraction de longueur d'onde près.... c'est à dire un dix-millième de millimètre. Il faut que la surface ne se déforme pas par flexion, même inclinée de toutes les façons possibles...... Toutes ces conditions sont très difficiles à réaliser, et seul jusqu'à présent, le miroir de 60 pouces (1,50 mètre) du Mont Wilson (Etats-Unis) les réalise toutes parfaitement.....  Les usines de Saint Gobain (société spécialisée dans la coulée du verre industriel, toujours en activité actuellement) consentent à couler un disque de 265 centimètres. Elles redoutent d'énormes difficultés si l'on cherche à dépasser cette dimension.

" ... Taille du miroir : la surface est réalisée par usure du verre à l'aide de polissoirs mûs par une machine... La difficulté n'est pas là, elle réside dans la vérification de l'opération, qui doit se faire pas à pas, avec une extrême minutie, et qui exige une connaissance profonde de l'optique.... L'une des méthodes (de vérification), dite de la lame de couteau, met en relief d'une manière saisissante les écarts entre la surface réalisée et la surface théorique.... Elle présente sous sa forme habituelle le   défaut capital d'être purement qualitative. Elle donne la place des défauts, mais non leur amplitude qu'il faut connaître pour mener systématiquement le travail de retouche. L'astronome américain Ritchey (1864 Ohio -1945), l'auteur du miroir de l'observatoire du Mont-Wilson (près de Los Angeles), a donné une variante de la méthode. Elle fournit des indications quantitatives, aussi ses miroirs sont-ils de beaucoup les meilleurs.... il me semble inutile de souligner l'intérêt qu'il y aurait à bénéficier de l'expérience sans rivale de Ritchey  pour toutes les opérations relatives à la taille du miroir.

"... Budget : Grand télescope de 2,65m, deux télescopes de 1m, une table équatoriale et une petite lunette, des appareils auxiliaires, des bâtiments et coupoles, des habitations : 13 millions de Francs 1923 (soit 45 millions de Francs 1987 - date de rédaction du livre déja cité de Charles Fehrenbach, père de l'astronomie française "Des hommes, des télescopes, des étoiles", publié au CNRS de Marseille en 1990).

"... Ordre des opérations : Le grand télescope ne peut être en état de fonctionner avant 1928. Il  convient, pour qu'il soit prêt dans ce délai de quatre ans, de commencer dès maintenant les travaux de coulée.... Il faut construire dès l'année prochaine l'atelier de taille et la machine... Il faut commander le miroir dès maintenant.... (Il faut) pousser la construction des bâtiments et l'aménagement du terrain de façon à rendre possible les premières observations en 1926."

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

Voici en résumé les points qui sont déterminants. L'observatoire sera installé en montagne, il devra être géré dans un cadre privé. Les problèmes techniques se concentrent sur la dimension du miroir, que seule l'usine de Saint Gobain sait fabriquer - comme celui du Mont-Wilson - , et sur son polissage, dont seul l'astronome américain Ritchey maitrise les techniques. Financièrement le mécénat privé peut seul apporter les sommes nécessaires.

Le projet d'Assan Dina est alors lancé officiellement. L'observatoire sera construit. Il le sera sur le mont Salève, non loin du château des Avenières, à une côte de 1150 mètre d'altitude. Assan Dina veut une fondation privée, indépendante de l'Etat et de l'astronomie officielle. Cette fondation sera conseillée par d'éminents physiciens et astronomes. Dans ce conseil scientifique se trouvent entre autres Henri Chrétien (En 1922 il élabore une nouvelle combinaison optique permettant d'obtenir un téléscope aplanétique à miroirs hyperboliques, la réalisation en est confié en 1927 à George Willis Ritchey, alors directeur du laboratoire d'optique Dina de l'Observatoire de Paris et il devint célèbre sous le nom de « télescope Ritchey-Chrétien ». Les télescopes géants ont longtemps été conçus selon ses principes. Leur combinaison de miroirs a été retenue pour le télescope spatial Hubble.) , Aimé Cotton (En 1919 il devient président du Comité de physique à la Direction des inventions. En 1920, Aimé Cotton devient professeur créant la chaire de physique théorique et de physique céleste à la Sorbonne qui devint par la suite la chaire de spectroscopie et de physique céleste transformée ensuite en chaire de spectronomie...En 1923, il est élu à l’Académie des sciences en remplacement de Jules Violle) , Esclangon (Après l'armistice de 1918, Esclangon devient directeur de l'observatoire de Strasbourg.... En 1929, il devient directeur de l'observatoire de Paris) , Charles Maurain, directeur de l'Institut de Physique du Globe et Lucien Delloye, directeur des usines Saint-Gobin, usines de fonderie de verres industriels.

Ce sont là les plus hautes sommités du moment qui se penchent sur le projet d'Assan Dina. Quel tour de force que d'avoir pu, lui, simple ingénieur hydrolicien, rassembler tant de compétences autour de son projet qui n'est qu'un projet d'amateur. C'est tout bonnement incroyable !

Le mois suivant Assan Dina écrit, en août 1923, un courrier à ces personnes.

Extraits :

".....Nous avons formé le projet, Madame Dina et moi, de construire à nos frais un observatoire d'Astronomie physique (instruments, bâtiments, habitations, moyens d'accés, etc.) sur un terrain que je possède ... au  mont Salève (Haute Savoie). Nous désirerions doter cet Observatoire des meilleurs et des plus puissants instruments d'astronomie physique..... et en particulier d'un télescope de 2,60m  de diamètre. Un centre météorologique important, établi avec le concours du Colonel Delcambre, directeur de l'Office National Météorologique, sera installé au voisinage immédiat de l'observatoire, en même temps qu'un puissant poste de TSF (télégraphie sans fil, un poste de radio communiquant uniquement en morse. La radio transportant la voix n'est pas inventée à cette époque).

"..... que le centre scientifique ainsi créé soit doté de ressources financières assurant son existence indépendamment de l'Etat et soit dirigé par un "Conseil" constitué sans aucune subordination.... à un organisme officiel quelconque.

"..... notre seul but est de donner à la FRANCE une nouvelle preuve de notre profonde affection et de contribuer au développement de la Science.

"..... Mon ami, le général Ferrié, ...... a consenti à me seconder pour la préparation et l'exécution des études et travaux que comporte la réalisation du projet..... M. Danjon, astronome à l'observatoire de Strasbourg, a également accepté de se charger dès maintenant de toute la préparation des avants-projets...

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

Nous voyons qu'Assan Dina sait mettre en avant ses excellentes relations avec le monde militaire, le colonel Delcambre et le général Ferrié. En ces annés d'après-guerre il y a là un prestige et un gage de sérieux évident.

Mais poursuivons l'histoire de l'observatoire en avançant dans la lecture du livre de Charles Fehrenbach, père de l'astronomie française (opus déja cité). Danjon accepte de s'occuper du projet mais refuse les honoraires. Sera-t-il le directeur de l'observatoire ? Dès les 14 juillet 1923 des journaux ébruitent ces tractations encore secrètes. L'astronome Emile Schaer (1862-1931) de l'observatoire de Genève propose déja de tailler les futurs miroirs. Des sociétés suisses d'optique ainsi que la société allemande Zeiss font des propositions pour la fabrication des lentilles. Danjon doit être aidé d'un collaborateur. Qui sera-t-il ? Le nom de l'astronome américain Ritchey revient.

Des plans pour les miroirs et leur monture commencent à être tracés. Dina y est associé en tant que concepteur.

Etudes pour le support d'un miroir

miroir armature.jpg (53296 octets)

 

Extrait du commentaire de cette figure, tirée du  livre de M. Charles Fehrenbach, "des hommes, des télescopes, des étoiles" (édition du CNRS, Marseille, 1990) :

"La légende de Dina de cette figure est :"Enfin, il serait sans doute intéressant de transformer les pressions dûes à l'inclinaison du miroir dans toutes les positions en tractions, par l'artifice des rayons tangents, placés tout autour de la ceinture en acier qui devra être munie de griffes, afin de maintenir le miroir (fig. 3). En faisant agir ces rayons il sera possible de transporter les efforts et de les répandre sur toute la surface du miroir, de façon à lui donner un maximum de rigidité possible."

Ce schéma et son explication sont pris dans une note de Dina du 26 septembre 1923... Quel est l'auteur ? En tout cas Dina montre qu'il est ingénieur."

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

Continuons la lecture du livre de M. Fehrenbach : p. 57 " Dina n'est pas très satisfait que Danjon ait proposé de réduire la taille du miroir à 2,65 mètre et lui, qui est ingénieur, propose un miroir de 4 mètre plus mince mais mieux soutenu; il fait une proposition détaillée d'un miroir complexe verre-métal, peu réaliste et encore moins réalisable malgré les progrés faits sur les aciers spéciaux."

 

Assan Dina voit grand, très grand, pour son télescope, tellement il souhaite pouvoir lever un coin du voile qui recouvre la Création. Avec un miroir de 4 mètres, que ne pourrait-il voir ? Mais les conseillers écrivent des notes incitant à la modération, à la prudence. Il faut agir par étape, par difficulté croissante, gravir les marches une à une. Les premiers miroirs seront beaucoup plus petits. "En  novembre 1923 Dina décide de financer deux télescopes de 1,37 mètre de diamètre, ceci en plus du grand télescope dont le diamètre reste à définir" (op. cité).

Il commande alors un disque de 1,37 mètre à l'usine de verre, Saint Gobain, puis l'envoie à M. Emile Schaer, l'astronome suisse constructeur de télescope, cité précédemment. Celui-ci en assure la taille. Les premiers clichés pris par Schaer avec ce miroir se révèlent mauvais. Schaer est relégué au rang des opticiens empiriques, "pour amateurs", inférieur aux opticiens théoriciens. Dina ne l'abandonne cependant pas complètement. "Nous donnerons un autre miroir à tailler à M. Schaer", écrit Dina dans une lettre de mai 1924.

Parallèlement aux études techniques et aux premières réalisations, le projet de "Fondation Dina", se précise sur un plan juridique et financier. "Un notaire est chargé de la rédaction des statuts". Plusieurs professeurs de droit sont consultés. "(p. 62) Les Dina se réservent, en tant que fondateurs, le droit de décider, de leur vivant, des instrument et de leurs emplacement. On prévoit aussi que les revenus fixes des usines hydro-électriques de l'Aube et de Savoie doivent couvrir les frais de fonctionnement. Danjon refuse catégoriquement que les Dina fixent les programmes de recherche."

 

Il est très clair dans ce passage que les Dina, qui impulsent l'idée d'un télescope géant, n'en auront pas la liberté d'usage. Les Dina lancent le projet, déterminent quels instruments seront mis, car ils les payent, mais, après avoir payé, on leur demande de laisser les scientifiques travailler sur un programme qu'eux mêmes ne maîtriseront pas.

La rédaction des statuts, extrêmement complexe, piétine. Pour que l'Académie des Sciences, l'une des cinq académies composant l'Institut de France, s'intéresse effectivement au projet de l'Observatoire Dina, un professeur lance l'idée d'une donation immédiate à l'Académie. Cette donation est signée le 4 avril 1925 entre les époux Dina et deux secrétaires perpétuels de cette académie.

 

Cliquer ici pour lire le texte complet de la Fondation Dina à l'Académie des Sciences

 

En résumé M. et Mme Assan Dina, les fondateurs, donnent à l'Académie des Sciences un observatoire consacré à l'astronomie. Des études sont en cours. Un Conseil administrera les réalisations. Il sera composé de dix sept membres, dont six nommés par l'Académie et onze par les fondateurs, M. et Mme Assan Dina. La Fondation mettrait à la disposition de l'Office National de Météorologie ses capacités scientifiques. Pour assurer le fonctionnement sur un plan financier les fondateurs engageront des revenus tirés du fonctionnement de centrales hydro-électriques actuellement en cours de réalisation. L'Académie des Sciences, en retour, s'associe scientifiquement aux travaux, notamment pour l'étude et la réalisation des instruments. A titre d'engagement formel les époux Dina donnent tout de suite une million de Francs à l'Académie, comme base des futurs travaux. Ce don portera le nom officiel de "Fondation Dina". Ce n'est que sept mois plus tard, le 18 novembre 1925, que le million est versé en Bons de la Défense.

 

La signature de cette Fondation n'est que la suite logique d'événements précédemment enclenchés. En effet fin 1923 M. Danjon a déja contacté l'astronome américain W. Ritchey pour lui faire part du   projet de grand télescope et lui demander de s'y associer.

Ritchey a pris les choses en main, par liaison épistolaire, avant même d'arriver en France. Assan Dina est déja en relation avec la Compagnie des glaces de Saint Gobain pour fair couler un miroir de 2,65 mètres de diamètre. Assan Dina en effet avance dans la réalisation de son projet. Ce n'est pas un attentiste. Ricthey évoque des problèmes de cuisson de verre, de coulée, ainsi que des déformations inévitables du miroir suite à sa fixation définitive dans la monture du télescope. Il demande alors d'ajourner la commande, et propose en remplacement de construire des miroirs d'un nouveau type, des miroirs cellulaires. Danjon et Assan Dina obéissent.

 

La France vient de perdre là l'occasion unique d'avoir son télescope géant.

 

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

 

Assan Dina prend en charge les frais de voyage de Ritchey qui arrive définitivement à Paris en avril 1924. Ritchey part ensuite le 1er mai 1924 à Bar sur Seine pour travailler avec Assan Dina qui dirige la construction d'une usine hydroélectrique, comme nous avons vu précédemment.

Charles Fehrenbach, p. 75 (opus cité) : "Au début, l'entente entre Ritchey et Assan Dina est parfaite et se dernier s'emballe devant les idées grandioses de Ritchey. Ces projets de Ritchey sont naturellement accueillis avec scepticisme par les astronomes et le général Ferrié..... Ritchey développe l'idée d'un télescope-coelostat (télescope-tour, avec puit vertical)..... Dina propose la dimension de 6 mètres pour les miroirs plans".

Ritchey revendique en effet d'arriver à faire façonner des miroirs de tels dimensions. Il calcule que le miroir de 6 mètre pésera 260 tonnes et qu'un miroir de 5 mètres péserait encore 150 tonnes. "A l'annonce de ces masses, même Assan Dina est effrayé et le projet est réduit à 4 mètre" (opus cité). Les conseillers de la Fondation demandent avec plus de réalisme que ces projets ambitieux soient d'abord conditionné par la réussite d'un premier miroir cellulaire de 1,50 mètre.

Le 18 juin 1924 Ritchey fait une conférence à la "Société Astronomique de France" où il décrit ses idées novatrices sur les miroirs cellulaires. Il remporte un succés et reçoit la médaille Janssen. L'idée du miroir cellulaire est la suivante : d'un miroir classique, plein, on ne garde que la fine tranche de verre, de 2 à 3 centimètre d'épaisseur, du "dessus", avec la courbure nécessaire, et pareillement pour le dessous. Entre les deux lames verre l'épaisseur manquante est remplacée par de l'air. Les deux lames de verres sont reliées entre elles par des cloisons ou alvéoles de verre fin, faisant l'épaisseur nécessaire, mais sans le poids d'un verre plein, les fines alvéoles de verre étant pleines d'air. Ritchey propose de fabriquer ainsi un premier miroir prototype de 1,50 mètre de diamètre. Les essais démarrent  avec des miroirs de 40 ou 50 centimètres de diamètre. Dès les 13 mai 1924, à Bar sur Seine, Ritchey dessine les plans de sa machine à polir les miroirs jusqu'à une taille de 1,75 mètre.

 

Mais dès cette époque des nuages sombres surviennent entre Ritchey et Assan Dina. En effet un accord avait été trouvé entre les deux hommes concernant les appointements de Ritchey, revus à la baisse au vu de ses prétentions exhorbitantes. Cet accord est dénoncé par la femme de Richey. Celui-ci se met à faire du chantage sur sa présence. Plus important encore Ritchey déclare à Assan Dina "qu'il ne veut pas faire son colosse pour la France, car il n'y a aucun emplacement convenable" (opus cité). Assan Dina accepte une augmentation des honoraires de Ritchey de 50%, mais la confiance a disparu entre Ritchey d'une part et Assan Dina, le général Ferrié et M. Danjon d'autre part. "Derrière le brillant astronome on découvre un businessman" (lettre de Ferrié à Danjon du 16 mai 1924).

Ritchey installe à Paris, au second étage de l'Observatoire, son laboratoire, rattaché à l'institut d'optique. Une convention Ritchey-Dina est signée le 20 juin 1924, sous l'égide du verrier Saint-Gobin. Mi-novembre un premier miroir cellulaire de 40cm est assemblé, mis au four et refroidi pendant pendant 18 heures. Une petite fente apparaît. Elle finit par traverser toute la face avant. Le miroir est néanmoins poli. Des renflements réguliers de 1/50eme de micron, comme des petites bosses, apparaissent.

Plusieurs mois de recherche et de travaux sont nécessaires pour remédier à ces problèmes. Ritchey veut brûler les étapes et démarre la création d'un autre miroir de 75 cm, qui sera le vrai prototype du miroir de 1,50 m, but fixé par Assan Dina. Celui-ci émet plusieurs remarques pertinentes sur le percement des cloisons prévues pour la circulation de l'air à l'intérieur des alvéoles du miroir cellulaire. Ce miroir de 75 cm est achevé en novembre 1925. Imaginez une lame de verre de 75 cm de diamètre n'ayant que 1,3 cm d'épaisseur ! Cependant dès juin 1925 Ritchey commence à travailler aussi sur le miroir de 1,50 m car Saint Gobin a livré les disques de verres et les cloisons s'intercalant entre les deux lames.

A ce moment l'adjoint américain de Ritchey, M. Bower, le quitte. Ritchey exige que son propre fils, Ritchey junior, soit engagé. Mais il devra accepter aussi M. Couderc, brillant docteur en chimie et jeune astronome passionné de Strasbourg. Une fois de plus Assan Dina accepte de payer les supléments : les deux personnes sont engagées en septembre et octobre 1925.

Des différents surgissent dans l'appréciation des difficultés techniques et leur solution entre Ritchey et Couderc, alors qu'ils travaillent sur le miroir de 1,50 m. Les relations sont tendues. En décembre 1925 le collage des cloisons devant recevoir le ménisque de verre de 1,50 m est achevé.

Dans une lettre du 4 mars 1926 adressée à Danjon, Assan Dina fait le point de la situation. Nous  découvrons que Dina est maintenu éloigné des recherches par l'équipe du laboratoire d'optique de l'observatoire de Paris. Nous comprenons sa déception et sa mauvaise humeur. Je vous invite à lire cette lettre en cliquant ici.

Le miroir de 1,50 m, complétement monté et collé, est mis au four. La cuisson commence le 20 mars 1926. Le 14 avril l'extinction très progressive des brûleurs commence.

 

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

 

Un journaliste scientifique, monsieur F. Honoré, de la célèbre revue parisienne "L'Illustration" est admis à visiter le laboratoire d'optique lors de la phase terminale, la fin de chauffe. Il publie un article élogieux sur Assan Dina, ingénieur et mécène, et Ritchey, technicien astronome réputé.

L'article sera publié 10 jours plus tard, le 24 avril 1926. Lisez cet article en cliquant sur les six photos ci-dessous. Deux points sont très importants. La photo en bas à gauche de la première page de l'article montre trois personnes en train de se pencher sur un instrument d'observation. La personne de gauche est Assan Dina. C'est là une des rares photos connues de  lui. Enfin à la sixième page F. Honoré écrit cette phrase : "Le miroir de 1,50 m est aujourd'hui presque achevé, et M. Ritchey .... préfère ne pas en publier la photographie avant d'avoir vérifié ses qualités optiques." Que faut-il comprendre ?....

cliquer sur chacune des photos

page 1

Revue L'Illustration d'avril 1926

 

page 2

Revue L'Illustration d'avril 1926

 

page 3

Revue L'Illustration d'avril 1926

 

page 4

Revue L'Illustration d'avril 1926

 

page 5

Revue L'Illustration d'avril 1926

 

page 6

Revue L'Illustration d'avril 1926

 

 

Un coup de tonnerre se produit ! F. Honoré doit réécrire la fin de son article cinq jours avant sa parution. Le 19 avril, lors de la poursuite du refroidissement, le miroir se casse.

Couderc envoie un télégramme à Danjon : "Paris, le 19 avril 1926 à 10h05 : Défournage non encore achevé - cassures importantes découvertes - confidentiel - Couderc".

 

C'est la catastrophe !

 

Ritchey demande le secret le plus absolu à l'égard de Danjon mais aussi à l'égard d'Assan Dina. Cette attitude puérile d'une personne se sentant fautive n'est pas tenable. Couderc écrit alors à Danjon : "... la pauvre Fondation tiendra-t-elle le coup ?" Assan Dina n'est pas averti par Ritchey, Couderc ou Danjon. Cependant un technicien du laboratoire, M. Delloye, lui télégraphie pour lui dire qu'il a besoin de le voir.

Assan Dina comprend tout de suite. Charles Fehrenbach, opus cité, p. 96 : "Il envoie à Couderc un pneumatique lui demandant de le voir. Sa réaction est immédiate et brutale : il décide de se séparer de Ritchey."  Ritchey, Couderc et Danjon se serrent les coudes. Assan Dina, lors d'entrevues orageuses,  "déborde d'injures, d'accusations...". "Notre homme (Dina) n'est pas fort, et sa tactique est pitoyable ... voilà Dina vexé et décontenancé..." écrit dans un courrier ultérieurieurement Danjon au général Ferrié.

Quoiqu'il en soit des passes d'arme verbales entre les protagonistes de l'affaire, une chose est certaine : Assan Dina est un homme d'honneur. Si Ritchey lui avait télégraphié immédiatement lors de la casse occasionnée lors du refroidissement du miroir, au lieu de tenir caché cette catastrophe, véritable secret de polichinelle, Assan Dina aurait était plus patient et compréhensif pour la suite des événements. D'autres miroirs, plus petits, s'étaient déja fêlés ou brisés au refroidissement, véritable phase critique en la matière. Assan Dina le sait. Mais là, une conspiration du silence se fait autour de lui, lui le mécène, lui avec sa femme Mary Wallace Dina. Le couple Dina est réduit à être un simple bailleur de fonds. "Payez et taisez-vous", oserais-je écrire.

Assan Dina reproche à juste titre à Ritchey d'avoir travaillé pour son propre compte à certains moments, alors que le projet du grand télescope était prioritaire. Le comportement de Ritchey vis à vis du laboratoire d'optique de l'observatoire de Paris, après la disparition d'Assan Dina, montrera que Dina avait raison.

Ch. Fehrenbach, opus cite, p. 99 : " Pourquoi la rupture entre Dina et Ritchey fut-elle si violente ? Dina est l'homme d'affaires de Madame Dina. C'est elle qui désire réaliser le grand projet. En homme d'affaires Dina a fixé les délais, acceptés par Ritchey : la finition du miroir cellulaire de 1,50 m pour juin 1925. Or nous arrivons à un échec en avril 1926.

Les sommes dépensées ou engagées sont considérables. On peut les estimer à plusieurs centaines de milliers de francs pour le laboratoire d'optique. Assan Dina a financé une partie de la route du Salève, il a fait des dépenses pour le Mont Blanc, il a acheté des avions et fait des parachutages sur le sommet (nous allons revenir sur ces événements non encore mentionnés) . A ces dépenses s'ajoute le million de frances de la Fondation Dina de l'Académie.

D'autre part, les plans du télescope de 1,50 m, établis sous la direction de Ritchey, ont été fortement critiqués par Dina. Danjon est tout-à-fait d'accord avec ces critiques. C'est à la fois la conception d'ensemble de Ritchey et l'exécution de détail par ses dessinateurs qui font l'objet de ses critiques. D'autre part, le laboratoire a étudié le Télescope-coelostat de Ritchey sans l'accord formel de Dina."

La Maison-Dieu du tarot d'Assan Dina

 

Madame Dina intervient dans l'affaire et échange plusieurs courriers avec Danjon , essayant de ménager les deux parties. Elle se révêle être une décideuse à part entière. Le 7 mai 1926 Richey est renvoyé. Madame W. Dina télégraphie à Danjon : "Suis entièrement du même avis que Monsieur Dina et je maintiens définitivement renvoi Ritchey en retirant entièrement toutes mes propositions et lettres antèrieures à ce sujet. Ceci n'implique en rien cessation Fondation Dina. Stop. Prévenez Ritchey qu'arrangement n'a pau aboutir - Mary W Dina -".

Le général Ferrié a rencontré directement Madame W. Dina à Paris. Il écrit à Danjon le 12 mai 1926 :  "Je viens de passer deux heures avec Madame Dina. La pauvre femme pense certainement comme   nous, mais elle veut avant tout conserver son mari, aussi obéit-elle à ses impulsions et ses variations viennent de là. Elle ne conserve pas grand espoir de sauver l'amour dans ces conditions mais elle essaiera encore. Son avis est que M. Dina ne démordra pas de son avis concernant le renvoi de Ritchey... Les Dina seront à Marseille le 15 et vont probablement ensuite aux Avenières."

Dans une lettre écrite le lendemain il explique encore : "... Madame Dina se porte bien, elle a rajeuni et elle était habillée très élégamment, la B. n'étant plus là pour la vêtir en repoussoir ... Je lui ai dit que son mari était très fatigué, elle a répondu qu'elle le savait ... et qu'il ne s'était pas fait examiner par son médecin..."  La lettre envisage la suite pour le Laboratoire d'Optique, à l'Observatoire de Paris. Assan Dina ne paierait plus ou seulement la moitié des appointements de Ritchey et de son fils, le reste serait pris en charge par l'Académie. La lettre se termine par : "Madame Dina (nous) comprend très bien et je suis certain qu'elle combattra pour nous, mais elle est affolée quand son mari lui dit qu'il la quittera si elle veut diriger l'oeuvre contre ses idées à lui."

 

 

Nous apprenons un aspect important de la vie du couple Assan Dina et Mary Shillito. Des tensions sont nées. Assan Dina a certainement ) un moment une autre femme, quelque part dans sa vie, "la B." comme écrit le général Ferrié. Visiblement Madame Dina a fini par se confier au général Ferrié, personne avec laquelle une relation de confiance est née. Qui est cette Madame B. ? Aucun élément ne permet d'approcher la résolution de cette question qui, au demeurant, est marginale. Si Assan Dina a eu cette aventure extra-conjugale, souvenons-nous que Mary n'était pas poussée vers le sexe masculin. C'est avant tout une aventure d'esprit qui lie Assan Dina et Mary Shillito. Le couple reste sans enfants. Il est juste important de noter que la fréquentation de cette autre femme a fini par miner Madama Mary W. Dina dans sa confiance d'elle-même. Elle cherche donc à reconquérir son mari, à le garder à tout prix, quitte à se ranger systématiquement à son avis, malgré parfois une pensée contraire. Souvenons-nous aussi que toute la famille proche de Mary est décédée. Elle est seule, fortunée, mais seule.

L'aventure du Laboratoire d'Optique de l'Observatoire de Paris, appelé aussi Laboratoire Dina, va se poursuivre. Je ne rentrerai plus dans les détails. Ritchey reste mais avec une nouvelle attribution et sous un nouveau fonctionnement. Les études échappent de plus en plus à Assan Dina. Son projet va se transformer. Le projet initial est mort. Les études atmosphériques sont par ailleurs sans appel : l'atmosphère du mont Salève n'est absolument pas propice aux observations pour un tel télescope, tout au plus trois nuits par an. Le site idéal est bien à Fortcalquier, en Haute-Provence.

Les productions et les études du "laboratoire Dina" se retrouveront à Fortcalquier, dans ce qui deviendra l'actuel observatoire de Saint Michel de Haute-Provence. Monsieur Charles Fehrenbach, opus cité, écrit p. 112 : "... La décision d'Assan Dina de se séparer de Ritchey, dont on peut regretter la brutalité, a été une bonne position car il fallait changer l'organisation et la vie du laboratoire...".

La situation se dégrade encore, Assan Dina n'ayant plus confiance en les personnes. Le 3 février 1927 Assan Dina demande au général Ferrié, par l'intermédiaire d'un huissier "d'avoir à effectuer une reddition de compte précise sous huit jours sous peine de s'y voir contraint par toutes voies de droit". Le 15 mars 1927 le Président du Tribunal de Paris désigne un expert. Le Général ferrié et M. Danjon répondent.

Un an après, les greffes du tribunal civil de la Seine écrivent, en date du 7 mars 1928 :

"Le Général Ferrié déclare avoir été mis en relation avec M. Dina à la fin de 1922 par le Général Delcambre ...   Il s'agissait d'étudier l'établissement d'un grand poste de Télégraphie Sans Fil à installer sur le Mont Salève en vue de transmettre les renseignements météorologiques recueillis par une importante organisation projetée par MM. Dina et Delcambre. Au début de 1923, M. Assan Dina  demanda également au Général Ferrié sa collaboration en vue de la construction d'un télescope pour étudier certains phénomènes astronomiques...  M. Dina projeta en outre la création d'une "Fondation Dina" qui disposerait d'observatoires et d'instruments dont l'existence serait assurée par les revenus provenant d'usines hydroélectriques déja en cours de construction dans l'Aube et dans la Haute-Savoie...  Le Général Ferrié rencontra des difficultés pour l'obtention de certaines facilités administratives que demandait ce dernier (Assan Dina) dans le département de l'Aube en faveur de ses usines hydro-électriques. Pour résoudre ces difficultés et convaincre les autorités et industriels des intentions de M. Assan Dina, le Général Ferrié suggéra à celui-ci de verser 1.000.000 de Francs à l'Académie des Sciences en son nom et eu nom de sa femme...   D'autre part le Général Ferrié dit avoir engagé des pourparlers avec une Compagnie d'Electricité, la Société Lyonnaise des Eaux et de l'Eclairage, 73 bd Hausmann à Paris, pour l'achat du courant des usines de M. Dina après leur achèvement. Un traitement très avantageux fut ainsi accordé à ce dernier. De plus le Général Ferrié déclare avoir à plusieurs reprises, pour être agréable à M. Dina, accepté de se charger de l'achat à prix réduit d'appareils pour l'usage personnel de ce dernier."

Charles Ferhenbach, opus cité : "L'attitude de Madame Dina est surprenante. Elle est outrèe par l'attitude de son mari et le dit clairement aux Ferrié. Ceux-ci continuent à la recevoir quand le mari n'est pas à Paris... Cependant les Ferrié ont pitié d'elle, surtout lorsqu'elle tombe gravement malade. Madame Ferrié fera de nombreuses visites à l'hôpital où la malade séjourna plusieurs mois. On avait peur pour sa vie mais elle se remettra. Madame Dina prend donc le parti du Général Ferrié et de Danjon, elle va jusqu'à offrir 8.000 Francs à Madame Ferrié pour couvrir les frais de justice.... Madame Dina a une vie très difficile, elle est la femme riche, son mari n'a pas de fortune personnelle. Mais au cours du temps, il obtint des lettres de donation de Madame Dina et on verra qu'après son décès la situation est très complexe."

Le décès imminent d'Assan Dina stoppera toutes ces affaires.

Un dernier épisode est à mentionner. Il nous faut retourner quelques année en arrière.

 

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6- Assan Dina, la curiosité scientifique et l'appétit technologique :

 

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