Assan Dina

Les dernières années et son dernier voyage.

 

 

6- Assan Dina, la curiosité scientifique et l'appétit technologique :

En 1923 l'astronome Joseph Vallot (1854-1925) s'interroge sur le sort de l'observatoire qu'il fit construire à plus de 4300m d'altitude, juste sous le sommet du Mont-Blanc. Il porte aujourd'hui encore son nom, l'observatoire Vallot. Ayant entendu parler de la Fondation Dina, il demande à M. Danjon d'incorporer cet observatoire à la Fondation, lui-même étant à la fin de sa vie et n'ayant plus de ressources financières. Assan Dina donne son accord et le 11 novembre 1923 une promesse de vente est signée. Assan Dina paye les 18.000 Francs d'acompte demandé.

 

L'observatoire Vallot en 1926, à 4300 m d'altitude. Photo tirée de la revue L'Illustration

Observatoire Vallot au Mont Blanc en 1926

 

... et le même, toujours debout et modernisé, en 2002.

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Crédit photographique sur le lien indiqué ci-dessus "Observatoire Vallot"

Pour Assan Dina et Mary W. Dina l'arrivée de l'observatoire Vallot dans l'escarcelle de la Fondation représente l'opportunité d'ouvrir leur projet initial, de le compléter. De par sa spécialisation cet observatoire, dédié au Soleil et à l'atmosphère terrestre, ne peut qu'enflammer Amina et Assan Dina, si le terme n'est pas excessif. N'oublions pas qu'elle est l'auteur de l'ouvrage "Chair tangible de l'infini, ou l'Astre-Dieu", qui traite du Soleil, étudié sous l'angle métaphysique et physique. Ce livre a été publié en 1917, neuf années auparavant.

Dans un premier temps Assan Dina se penche sur les problèmes liés à son fonctionnement, aux carences de son ravitaillement en haute altitude, à plus de 4.000 mètres. En effet seuls les porteurs et les guides de haute montagne de Chamonix, village situé en contrebas dans la vallée, peuvent porter sur leur dos de lourdes charges, forcémment limitées en poids. Ils les montent sur un dénivellé de plus de 3.000 mètres, nécessitant plusieurs jours de marche et des bivouacs en moyenne altitude. Dans ces conditions le matériel acheminé à l'observatoire Vallot est à prix d'or. Les astronomes qui y résident lors de campagne d'étude sont de véritables cosmonautes, coupés de tous et de tout, vivant en ambiance hostile. Assan Dina souhaite alors utiliser l'aviation, en plein essor, pour résoudre ces problèmes. Fort de ses relations avec le monde des généraux il bénéficie de la mise à sa disposition du lieutenant Thoret, aviateur, un as de la première guerre mondiale. La revue l'Illustration relate cette expérience.

cliquer sur les photos pour lire l'article

Revue "L'illustration" du 6 novembre 1926

Assan Dina et l'Observatoire Vallot 1

 

L'observatoire Vallot sur le Mont Blanc

Assan Dina et l'Observatoire Vallot 2

 

 

Cette photo d'Assan Dina est exceptionnelle. Outre l'extrême rareté des photos d'Assan Dina, celle-ci le montre en pied. Assan Dina se tient à droite sur la photo. Il est plus petit que les deux autres hommes, le lieutenant Thoret, aviateur, à gauche, et l'ingénieur Maurice Farman, au centre. Assan Dina a des cheveux bruns et porte la moustache. Il est vêtu d'un costume clair impeccable et porte des chaussures sombres. Ordinairement il porte toujours des chaussures blanches, au dire des anciens de Cruseilles.

 

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Arrêtons nous un instant sur les deux autres hommes.

Maurice Farman, compétiteur cycliste et automobile, est avant tout un passionné d'aviation. Il fabrique notamment des bombardiers biplans, utilisés pendant la première guerre mondiale, des hydravions, dont l'armée japonaise se sert lors de l'annexion de la Chine. Il crée avec ses frères une compagnie d'aviation. Mais Maurice Farman est aussi un astronome passionné, bien qu'amateur. Il co-publie une série d'observations sur les étoiles filantes des Léonides, faite en 1903 et 1907, notamment avec Henri Chrétien - que nous avons précédemment rencontré - sous la houlette de M. Deslandres, qui deviendra directeur de l'observatoire de Paris en 1927. Il  publie différents ouvrages sur l'aviation, l'automobile, l'aérostation et l'astronomie : "Les Merveilles aériennes" Paris Fritsch 1896, "Manuel du conducteur chauffeur d'automobiles" Paris Tignol 1900, "3000 kilomètres en ballon", Paris Tignol, 1901, "Mesures d'étoiles doubles, faites à l'observatoire de Chevreuse de 1904 à 1906" Paris Gauthier-Villars 1907. C'est donc un homme complet que nous avons là, presque hors du commun.

 

Le lieutenant Thoret, pour sa part, engrange les records successifs : du 5 au 11 juin 1926 il effectue un raid aérien officiel Paris-Genève-Turin-Milan-Venise-Dijon-Paris en 45 heures avec double traversée des Alpes. Le 21 juillet 1926 un nouveau raid aérien Paris-Prague-Varsovie-Paris en 21 heures - dont Varsovie-Paris 1450 kms en 10h de vol à la vitesse moyenne de 145 km/h - est bouclé. Il est aussi détenteur du record de "vol à voile" d'une durée de sept heures consécutives dès 1908. Ce vol consiste à planer en se faisant porter par les courants ascendants qui propulsent littéralement l'avion, celui-ci ayant son moteur coupé. Il crée en 1924 "l'Ecole des Remous" le long de la petite chaîne montagneuse des Alpilles (département des Bouches-du-Rhône, dans le sud de la france) où ce type de vol est enseigné. C'est à cet homme extrêmement chevronné qu'Assan Dina confie le test du ravitaillement aérien de son observatoire en ce début septembre 1926.

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Assan Dina a donc trouvé là deux hommes de belle pointure. Comment fait-il pour rencontrer et se rallier de telles personnes ?...

 

Avec cet avion le lieutenant Thoret utilise la méthode du bombardement, méthode modifiée pour  assurer un largage de matériel sur le Mont-Blanc. L'opération est une réussite. L'avion étant un biplace d'école, Assan Dina devient ainsi un aviateur-passager. Le journal "Le Matin" du 24 octobre 1926 montre Assan Dina vêtu en aviateur.

Assan Dina veut également implanter à proximité de l'obervatoire une éolienne, afin de résoudre le problème de l'énergie électrique. Il sollicite Monsieur Breguet, ingénieur avionneur et électricien, par l'entremise du général Ferrié. Dans une lettre du 22 novembre 1924 à Danjon, Assan Dina écrit au sujet de l'éolienne, nommée le "moulin à vent du Mont-Blanc" :

Opus cité, Charles Fehrenbach p. 47 : "Pour recueillir 5 kwa à la batterie, avec un vent de 10m par seconde, il faut une hélice à 4 pales de 7m de diamètre. Ce n'est pas encore beaucoup, et avec un pylone bas de 5 à 6 m de hauteur, nous aurions ce qu'il nous faut dans ce point si bien battu par les vents. Nous pourrions même aller jusqu'à 9m de hauteur, et avoir une hélice de 8 à 9m de diamètre.... Mais un facteur qui m'inquiète bien d'avantage est la nécessité d'arrêter l'hélice quand le vent atteindrait 15 à 20m par seconde. Il me semble que si nous pouvions aller au delà, nous gagnerions beaucoup de force, et sans doute 12 à 15 kwa... ce qui serait le véritable succès, et c'est ce que j'ai demandé... Un point m'inquiète : M. Bréguet admet une vitesse de 4.000 tours minute, pour la génératrice de courant. Cette vitesse est beaucoup trop grande. A mon avis 2.500 tours suffisent..."

Mais la curiosité scientifique d'Assan Dina et son appêtit pour toutes les nouvelles technologies ne peuvent aller contre les éléments. Une éolienne au sommet du Mont-Blanc ? Le givre, la glace et les vents destructeurs en interdisent la réalisation. Pour cet homme venu des iles, d'un lointain pays au climat tropical, la prise en compte des spécificités alpines n'est pas facile.

 

Assan Dina n'oublie pas le château des Avenières.

Il l'équipe du dernier cri technologique en matière de communication : le téléphone est donc installé au château. Ci-dessous se trouve le papier à en-tête des Dina. Leur numéro de téléphone est le n°1. Les Dina sont donc les premiers de la commune à avoir le téléphone.

 

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Logo du papier à en-tête du couple Assan et Mary Dina

 

Si le téléphone porte instantanément les paroles - quoique le service ne soit utilisable que quelques heures par jour à cette époque - et si le train amène les personnes jusqu'à Saint-Julien-en-Genévois, il  n'y a ensuite aucun moyen de transport pour monter au "château". Il faut aller à pied aux Avenières, ou en cariole tirée par un cheval, sur dix kilomètres de  montée.

Ce problème est un souci permanent pour le couple Dina. Un projet est donc lancé très rapidement, cautionné par la nécessité absolue de créer une route pour le futur observatoire non loin de là. En attendant, Assan Dina et Mary Shillito achètent une chenille Citroën, la Kégresse, voiture tout terrain capable de passer sur les chemins de terre boueux et les cailoux, en attendant une route plus carrossable. M. Delaunay est recruté comme chauffeur-mécanicien et son épouse comme femme de chambre. Ils sont au service du "prince Dina", ceci autour des années 1920.

 

Mary Shillito et Assan Dina à côté de leur voiture et de leur chauffeur, M. Delaunay.

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Cette photo d'une autre Kégresse montre la chenille du train arrière. Ce véhicule tout-terrain est généralement utilisé par les armées

 

 

Enfin, il faut mentionner un autre équipement qu'Assan Dina installe au château. Cet équipement n'est pas par une innovation technologique mais représente néanmoins une véritable prouesse technique. En septembre 1918 un superbe orgue, spécialement construit pour les Avenières, est installé au premier étage, sur le nouveau sas d'entrée, côté nord de la demeure. Le clavier est déporté au rez-de-chaussé.

Cet orgue est décrit dans le livre d'Ernest Perrier de La Bathie, dans son livre consacré aux "Orgues savoyards" publié en 1930 à Annecy. L'orgue est placé dans "le hall supérieur" (la pièce rajoutée, au dessus de la nouvelle entrée). Il mesure 5m de long, 5m de haut et 4m de profondeur. Le facteur d'orgue est M. Mutin, successeur de Cavaillé-Coll. Ce grand orgue de salon, au buffet de style renaissance, comporte 30 jeux. Assan Dina avait prévu des ajouts pour 1928.

"Tous les soirs le "prince Dina" jouait pour endormir Madame" diront les Delaunay à leur fille.

 

Nous découvrons qu'Assan Dina, outre le fait qu'il soit voyageur, ingénieur passionné par les nouvelles technologies, philosophe-écrivain, conférencier, symboliste, est aussi un musicien, un organiste. Cet homme au parcours non conventionnel est de plus éclectique.

 

Assan Dina a d'autres projets en tête, servis par un financement qui semble inépuisable. Le même jour il achète un avion et deux hydravions pour des liaisons qu'il projette entre les lacs savoyards. San doute souhaite-t-il impulser ici un tourisme aérien. En effet à cette époque les initiatives privées se multiplient dans le secteur totalement nouveau de l'aviation civile. Des sociétés d'exploitation se créent parallèlement aux sociétés qui se mettent à fabriquer des avions (Farman, Breguet, Potez...). Quels sont les avions achetés ? Peut-être des avions militaires déclassés avec une voilure en toile renforcée, peut-être des Farman ?

Il n'y a malheureusement pas de documents connus permettant une réponse, mais il est certain qu'Assan Dina souhaite développer l'usage de l'avion. Il sort de son champ professionnel et pense développer des activités de voyagiste. Il a d'ailleurs comme projet de faire faire le tour du Mont-Blanc en avion aux visiteurs fortunés. Se verrait-il plus tard en train de diriger une société de transport aérien, promise à un bel avenir ? Tout va dans ce sens.

En liaison avec l'observatoire Vallot, un premier aérodrome est installé dans la plaine de Chamonix. Assan Dina projette même d'installer un petit aérodrome à proximité immédiate du château des Avenières, pour un usage privé. Il demande l'autorisation au préfet de Haute-Savoie.

En attendant une piste d'atterrisage aux portes des Avenières, le seul moyen d'accéder au château reste la route, en cours de construction. Nous avons vu que le Génie Alpin, stationné à Grenoble, a  prêté son concours à la réalisation de la route du Salève sous la conduite du général Hellot, lors de notre chapitre sur le télescope du mont Salève. Le général Hellot a écrit deux livres et préfacé un troisième sur l'art du "Franchissement des fleuves devant l'ennemi". Il est un spécialiste du Génie. En tant que capitaine, dans les années 1900, il a participé à la "pacification" de Madagascar. Il rédige un livre en 1900. Il est alors capitaine : "La Pacification de Madagascar (opérations d'octobre 1896 à mars 1899). Ouvrage rédigé d'après les archives de l'état-major du corps d'occupation, par F. Hellot". Assan Dina rencontre le général Hellot. Ils ont en commun leur expérience de Madagascar, chacun dans son domaine repectif. S'y sont-ils rencontrés ? Aucun élément connu ne l'indique, mais l'éventualité est fort probable. Assan Dina garde dans ses affaires aux Avenières un article tiré de la revue "L'Illustration" sur l'observatoire situé aux abords immédiat de la capitale de Madagascar.

 

Assan Dina, lorsque l'hiver vient aux Avenières, prend plaisir à partir en compagnie de son épouse vers des lieux plus chauds, à Menton dans le midi de la France, comme le montre la lettre reproduite ici.

Affiche publicitaire pour Menton à la Belle-Epoque

Affiche publicitaire des années 1930, pour la promotion de la "dolce vita" à Menton. La femme est déja un élément irremplaçable pour les publicistes, mais à cette époque elle doit être vêtue et reste loin de la mer.

 

Cette lettre nous apprend qu'Assan Dina va passer plusieurs semaines à Bar-sur-Seine, auprès de M. Boccard-Laurey, vers avril 1919. Est-ce Lucien Boccard, témoin de mariage de Dina, âgé alors de 52 ans, ou un des parents de celui-ci, afin de s'occuper de l'hydroélectrification de la minoterie des Bourguignons, village proche de Bar-sur-Seine, et qui leur appartient ?

Toujours est-il qu'Assan Dina et sa femme Mary Shillito partent plusieurs semaines à Bar-sur-Seine et logent chez M. Lucien et Mme Louise Boccard, dans leur château de Val Seine.

M. Lucien Boccard, né en 1862, est lapidaire de profession. Il est établi à Paris et taille les pierres précieuses ou les vend. Ses parents s'occupent de la meunerie des Bourguignons, près de Bar-sur-Seine, dans le département de l'Aube. Leur maison est une demeure bourgeoise, dite "château de Val Seine", datant de la fin du XIXème siècle et rachetée à la famille du vicomte de Fontarce, homme à la fortune immense.

Cliquez ici pour des photos du chateau de Val Seine ou sur la photo ci-dessous

Temple de l'Amour et chateau de Val Seine

Château de Val Seine à Bar-sur-Seine, côté parc, et son voyage pour Cythère en avant plan, au milieu de la pièce d'eau artificielle

 

M. Lucien Boccard-Laurey, lapidaire parisien, devient aussi industriel à Bar-sur-Seine, et s'occupe avec Assan Dina de la construction de la centrale hydroélectrique, comme nous l'avons vu à la page précédente. Curieusement Assan Dina se déplaçait avec une roulotte luxueuse, comme l'indique Mme C. K. d'après la mèmoire familiale. Sans doute dans les premiers temps de sa venue à Bar sur Seine employait-il ce moyen pour s'héberger facilement.

Vient ensuite le temps où il réside au chateau même de Val Seine. Il a dû se lier d'amitié avec sa relation professionnelle, M. Lucien Boccard, au cours de l'édification des plans de la centrale hydroélectrique puis de sa réalisation, travux qui ne se sont pas faits en une fois. Ce nouvel ami devient même son témoin de mariage en 1913 comme nous l'avons vu.

Mme Mary Shillito, épouse Dina, doit trouver également en l'épouse de Lucien Boccard, Mme Louise Boccard, une interlocutrice de talent. En effet cette très belle femme, blonde, intelligente, très cultivée, est aussi membre de la fameuse Société Théosophique au sein de laquelle de nombreux personnages, évoqués sur ces pages web dans d'autres chapitres, se retrouvent. Elle est donc une amie capable de tenir maintes discussions intéressantes sur l'ésotérisme, sujet qui les passionne toutes les deux. Ces deux couples laissent une trace vivace dans la mémoire de Bar sur Seine.

 

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Mais faisons un saut vers le temps présent et arrêtons nous aux alentours des années 1985.

 

Un bruit court....

Dans le chateau de Val Seine Assan Dina aurait fait représenter les lames mineures du jeu divinatoire du Tarot. Le jardin aurait contenu des sculptures ou un agencement particulier pour donner un enseignement secret.

Bertrand Jacquet, découvreur des mosaïques au chateau des Avenières en 1967, devait écrire un ouvrage intitulé "Les maisons de l'adepte". Ce livre ne parut pas. Cependant l'article publié sur Bertrand Jacquet dans le journal "L'express mauricien" du 28 novembre 1978 indique : "Les mosaïques de la chapelle des Avenières et les bas-reliefs qui se trouvent sur les colonnes du temple philosophique (comprendre : du Temple de l'Amour) de Val Seine constituent, d'après M. Jacquet, un tarot alchimique complet, avec ses 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs. Les bas-reliefs du petit temple sont en fait un bestiaire alchimique de 222 figures d'animaux. Un vertige de symboles. On est écrasé par ce fantastique enchevêtrement de signes, de formes. On se pose mille questions. Toutes sans réponses. Qui était Dina ? Avait-il découvert le secret de la pierre philosopahle ?..."

 

Article du journal "L'Express" de l'ile Maurice, dans l'océan indien

Journal L'Express mauricien

Cliquez ici ou sur la photo pour lire intégralement l'article

 

Cette assertion est reprise dans l'excellent ouvrage publié en 1992, "Fulcanelli dévoilé", de Madame Dubois, à la page 39 (opus cité) : "En 1978, dans un autre château qui lui appartenait, à Bar sur Seine, un Temple du Tarot (bas-reliefs représentant les arcanes mineurs) a également été découvert, ainsi qu'un premier ouvrage..."

Qu'en est-il ?

Assan Dina n'est pas le propriétaire, et ne l'a jamais été, du château de Val Seine. Nous avons vu quels en furent les propriétaires. Ensuite arrêtons-nous sur les 220 figurines d'animaux sculptées sur les huit colonnes portant le dôme du temple. Aujourd'hui, malheureusement, les colonnes sont lisses, comme le montre la photo du temple de Vénus. Visiblement elles sont récentes (autour de 1985-1995 ?) et elles ont dû remplacer les précédentes, certainement fort dégradées, à l'image du dôme qui semble d'origine. Comparez les colonnes en 1978 (photo du journal) avec celles d'aujourd'hui.

La différence est nette. Les chapiteaux d'origine, au sommet des colonnes, sont carrés. Par ailleurs le chapiteau de droite, sur la photo, semble sculpté. De plus le pied des colonnes s'évase en arrivant au sol, ce qui n'est pas le cas des colonnes actuelles. Enfin une troisième différence est notable : la colonne d'origine la plus à gauche montre qu'elle est constituée d'un  empilement de cinq morceaux. Sur les colonnes récentes, nul empilement apparaît. Chaque colonne semble être taillée d'un bloc vertical.

En conclusion les 222 figurines animales ont disparu corps et bien, empêchant leur étude symbolique, soit que les colonnes anciennes aient été volé ou soit qu'elles aient fait l'objet d'un changement vu leur état dégradé. A mon avis ce scénario est de loin le plus probable.

La perte symbolique est-elle importante pour appréhender l'oeuvre d'Assan Dina ? Je ne le pense pas car à mon avis ces sculptures ont été faites sur les colonnes dès l'origine, à la construction du temple d'Amour et en même temps que l'érection du château lui-même. Souvenons-nous que le  premier propriétaire du château est le vicomte Trumet de Fontarce, et non la famille Boccard, et encore moins Assan Dina. Ces sculptures sont donc étrangères à Dina et ne doivent pas être prises en compte dans son oeuvre, quoique nous regrettions évidemment leur disparition ainsi que celle de la statue de Vénus.

 

En 1978

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Aujourd'hui

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Le Temple de Vénus, ou Temple d'Amour, du parc du château de Val Seine à Bar sur Seine, dans l'Aube.

 

Assan Dina et Mary Shillito alternent donc leur temps entre le château des Avenières, le château de Val Seine, Paris et la Côte d'Azur. Le château des Avenières est plutôt un lieu de villégiature, comme une résidence d'été. Néanmoins il y travaille aussi, comme nous l'avons vu, et visiblement il y trace son avenir, comme la mise en place de l'aviation et exotériquement la recherche astronomique. A Bar sur Seine il y fait son métier d'ingénieur hydraulicien. Lorsqu'ils sont à Paris Dina rencontre des  personnes, tant sur un plan professionnel que sur un plan personnel. Bertrand Jacquet indique qu'il donne des conférences sur les civilisations indiennes et chinoises en 1912. Il fréquente avec sa femme les librairies ésotériques. Assan Dina va également à l'étranger. Avec Lucien Boccard ils font un voyage en Algérie, comme le mentionne Mme C. K.

 

 

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7- Assan Dina, son dernier voyage et sa denière demeure :

Pour Assan Dina les voyages à l'étranger sont aussi l'occasion de renouer avec la mémoire familiale.

En attendant la réponse du préfet de Savoie à sa demande d'autorisation d'ouvrir un aérodrome à deux pas du château des Avenières, Assan et Mary font un long périple maritime aux Indes, pays de son père, mais aussi lieu d'enterrement de sa mère.

Mary Shillito et Assan Dina s'embarquent à Toulon ou a Marseille en mai 1928. Ils franchissent le canal de Suez, descendent la mer rouge et parviennent à Colombo, capitale de l'ile de Ceylan.

Cette ile, un peu moins grande que la France, a vu le Bouddha recevoir son illumination au pied de l'arbre Bo. Elle a également vu passer Marco Polo. Ceylan (actuellement Sri-Lanka) est sous la domination européenne. Les anglais annexent l'ile dans sa totalité en 1815, après les annexions partielles des hollandais et des portugais. En 1927 un chemin de fer relie comme une épine dorsale le nord au sud de l'ile, en passant par Colombo, la capitale posée au bord de l'océan indien, sur la côte ouest.

Le père d'Assan Dina, ingénieur des chemins de fer, a-t-il travaillé à cette édification ? Certainement, car son épouse, Charlotte Bosselet, est enterrée à Ceylan. La mère d'Assan Dina décède en 1874. Son fils n'a que trois ans. Le père se retrouve seul avec son fils Assan. Ce drame se transforme en chance pour l'enfant. Il sera emmené partout où son père ira édifier des lignes de chemin de fer, visitant ainsi le monde et s'ouvrant à des cultures différentes et à d'autres, dites "primitives", qu'il n'aurait certainement pas cotoyées autrement.

Aujourd'hui et par ce voyage, Assan Dina acomplit un devoir de piété filiale, un devoir de mémoire. Y est-il déja venu une seule fois, après l'enterrement de sa mère, il y a maintenant 54 ans ? La tombe n'est pas localisée, mais vraisemblablement elle doit se trouver dans le vieux cimetière anglais de Colombo.

Le voyage de retour s'effectue par bateau également, les voies aériennes étant alors à leur balbutiement et cantonnées à l'Europe et l'Afrique du nord. Le couple Dina prend pied sur un bateau de "l'Orient Line", une compagnie anglaise qui relie Southampton, Toulon ou Marseille, Suez et Colombo. Le paquebot jauge 12000 tonnes et se nomme l'Orsova, du nom d'une ville portuaire sur le Danube roumain. Il y a plusieurs ponts ou classe. Les Dina voyagent-ils en première classe ? Le paquebot, pour occuper ses passagers, possède une "smoking room" ainsi qu'une "music room".

 

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Photos de l'Orsova, source internet. Cliquez pour les voir en grand

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Imaginons Assan Dina jouant du piano à bord, lui qui joue tous les soirs aux Avenières de ce puissant orgue installé au premier étage, dans l'extension au dessus du porche d'entrée et dont le clavier, déporté, se trouve au rez-de-chaussée.

 

Mais nous sommes le 24 juin 1928.

Fait-il un soleil de plomb ? Nous sommes dans les journées les plus chaudes de l'année. Il doit faire 40°C dans les cabines, ou pas loin. Il n'y a pas d'air conditionné. Quelques hélices à deux pales, accrochées au plafond, essayent de brasser l'air torride des salles fumeurs et de musique, certainement sans grand résultat.

 

La catastrophe arrive, subite.

L'Orsova est aux abords du canal de Suez, se présentant par le sud. Assan Dina décède subitement ce jour, ou lors de la nuit qui précède.

 

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Que s'est-il passé ?

Aucune circonstance du décès n'est connue. Les bruits vont vite courir : Mary Shillito aurait fait empoisonner son mari qui s'apprêtait à la quitter pour une autre, ou, deuxième version, Mary Shillito aurait fait empoisonner son mari qui allait par testament léguer sa fortune à quelqu'un d'autre. Une troisième version court également selon laquelle il aurait été empoisonné en mer par une de ses maîtresses avec un poison qui ne laisse pas de trace.

Que peut-on raisonnablement penser ?

Assan Dina a 57 ans.

Nous avons vu précédemment qu'il devait consulter son médecin, mais qu'il semblait se soigner par le mépris, remède universel. Les photos de lui nous montrent son embonpoint. Ne devrait-on pas tout d'abord et en toute logique penser à une maladie subite ou presque : accident cardiaque, tellement fréquent à cet âge pour les hommes corpulents, ou à une rupture d'anévrisme, ou à une gastroentérite fulgurante, autrement connue sous le nom de "tourista", au vu des conditions d'hygiène alimentaire du bateau par ces très fortes chaleurs ? Cette dernière possibilité a ma préference car elle reprend l'idée de l'empoisonnement. Une "tourista" est une sorte d'empoisonnement alimentaire involontaire suite à la consommation de choses avériées ou porteuses de bactéries.

Quoi qu'il en soit, la fortune d'Assan Dina est très largement infèrieure à celle de sa femme. N'oublions pas qu'un contrat de mariage est établi, séparant les fortunes. C'est Assan Dina qui devait redouter un abandon, pas l'inverse.

Mary Shillito aurait-elle été une femme abandonnée par son mari au profit d'une autre, la transformant en une tueuse vindicative ? N'oublions pas, là encore, qu'avant sa connnaissance d'Assan Dina, Mary haïssait les hommes, "ces cochons", aversion partagée par toutes ses relations féminines. Leur mariage a-t-il seulement été consommée ?

 

Pour ma part je pense que le décès, faute d'élément contraire, est dû simplement à un accident de santé, comme il en arrive encore malheureusement tous les jours, alors que l'environnement sanitaire est bien meilleur.

 

Mary Shillito fait alors enterrer son mari au cimetière protestant de la communauté anglaise de Suez. Elle y reviendra certainement quelques temps plus tard, vérifier la bonne exécution de la tombe de son défunt mari, son frère dans leur quête du monde de l'invisible, en compagnie de René Guénon. Nous allons voir celà ensuite.

Je retiendrai que par un clin d'oeil du destin, comme Assan Dina aimait à les pister, l'arcane XIII du tarot des Avenières, l'arcane "sans nom", pour ne pas nommer la mort, est représentée fauchant les têtes et les pieds des hommes sur fond de feu et du désert lybique, désert où se voient les grandes pyramides d'Egypte et le sphinx énigmatique, dévoreur de l'homme qui ne sait répondre à la question fondamentale de l'existence.

Pressentait-il sa fin dernière en ce lieu qu'il fit si exactement représenter ?

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Tombeau d'Assan Dina au cimetière anglais de Suez

Assan Dina, sa tombe Assan Dina, inscription mortuaire sur sa tombe

Cliquez sur les photos pour les voir en grand

 

Sur l'épitaphe est inscrit : ici repose ASSAN DINA qui mourut dans le golfe de Suez au retour d'un pélerinage de tendresse filiale à la tombe de sa mère morte il y a 54 ans (sur) l'ile de Ceylan. Son coeur profond se s(ouvient) après tant d'années et (ce) fut son dernier voyage. Ile Maurice 12 avril 1871 - Suez 24 juin 1928.

Par un heureux hasard du destin cette tombe est parvenue jusqu'à nous.

Tout d'abord elle menace ruine en 1953, et nécessite une réfection. Le responsable du cimetière écrit alors une lettre (cliquez sur ce lien) à la famille de Madame Shillito, sachant celle-ci décédée. La lettre arrive aux Avenières, permettant de localiser cette tombe dont on doutait même de son existence. Son absence justifiait alors la thèse d'un assassinat par noyade en mer, de nuit de préférence.

Ensuite durant la guerre des six jours israélo-arabe, en juin 1967, les chars hébreux déferlent jusqu'à la frontière égyptienne, sur la rive ouest du canal dont ils prennent le contrôle. Les chars labourent le cimetière de la communauté anglaise. Presque toutes les tombes sont ravagées, sauf celle d'Assan Dina qui est miraculeusement épargnée.

 

Après ce coup de tonnerre dans sa vie, Mary Wallace Shillito, veuve Dina, rentre seule aux Avenières.

Que vont devenir les projets de feu son mari, comment Madame veuve Dina va-t-elle réorganiser sa vie ?

cliquer sur le lien ci-dessous

Madame Mary Shillito, veuve Dina

 

 

 

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