Viollet-le-Duc et le compagnonnage :

La flèche de la cathédrale Notre-dame de Paris

 

Cathédrale Notre Dame de Paris et la flèche de Viollet le duc, achevée en 1859.

Cathédrale Notre Dame de Paris et la flèche de Viollet le duc, achevée en 1859. Au premier plan l'ange de l'Apocalypse et le philosophe alchimiste.

 

L'architecte Eugène Viollet le Duc (1814-1879) reconstruit la flèche à la croisée des transepts de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Plusieurs fois détruites, la flèche avait disparu de la mémoire des parisiens.

A-t-elle seulement existé ? A l'époque de l'alchimiste Nicolas Flamel (env 1335-1418) des enlumineurs réputés, les frères Limbourg, créent un livre d'heures - de prières - pour Jean de France, duc de Berry (1340-1416). Miraculeusement parvenu jusqu'à nous, ce livre est conservé au château de Chantilly. Une des planches, la rencontre des rois mages, montre en arrière-plan les monuments de l'île de la cité à Paris où la flèche de la cathédrale est bien visible, ainsi que celle de la Sainte Chapelle.

 

Cathédrale Notre dame de Paris, Riches Heures des frères Limbourg

"Les trés riches heures du duc de Berry" des frères Limbourg, manuscrit conservé au château de Chantilly

 

Plus de quatre siècles vont passer. En 1852, le peintre Johan Jongkind (1819-1891) montre une croisée des transepts orpheline, sans flèche. La cathédrale souffre aussi d'autre maux, plus graves. La révolution française est passée par là, mutilant la grande galerie des rois. La monarchie n'est pas en reste. Soufflot,  ministre de Louis XV, fait couper le tympan du portail du jugement dernier, afin de rehausser l'ouverture pour permettre à des cavaliers et des dais de procession de pénétrer dans la cathédrale.

Le temps, cependant, reste le premier destructeur de ce monument, avec l'érosion dûe aux pluies, au gel et au vent qui conjuguent leurs efforts pour détériorer irrémédiablement la pierre calcaire poreuse et friable.

 

 

Cathédrale Notre Dame de Paris par le  peintre Jongkind

Notre-Dame de Paris sans sa flèche, par le peintre Johan Jongkind, 1852.

 

 

Grâce à la redécouverte du gothique au XIXe siècle, impulsée par les romantiques et Victor Hugo, Napoléon III lance les grands chantiers de restauration de l'art gothique dans toute la France. Eugène Viollet-le-Duc, architecte réputé, est à la tête de ce programme. A Paris, il oeuvre à la restauration de la cathédrale.

La façade ouest est reprise, des arcs-boutants sont rénovés, les chimères des tours changées et une nouvelle flèche est placée.

Les travaux de la flèche sont considérables et nécessitent une reprise en profondeur des charpentes de la toiture. Viollet-le-Duc fait appel à un Maître, compagnon charpentier du Devoir de Liberté, M. Georges (1812-1887), Angevin, l'Enfant du Génie.

 

Mais pénétrons par la petite porte située à l'ouest de la nef, à l'étage du grand comble, entre les deux tours.

 

Cathédrale Notre Dame de Paris, entrée dans les combles, sous la toiture

Cathédrale Notre Dame de Paris, entrée des combles, façade ouest

 

L'obscurité nous saisit. Un chemin de planches, suspendu sur les voûtes, permet de se déplacer vers la croisée des transepts.

L'oeil ne voit pas aussi clair que les photos proposées ci-dessous. La première vue est fortement assombrie. C'est ce que votre oeil verrait. La vue suivante est identique, mais saisie par l'appareil photo.

 

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Grand comble et charpente de la cathérale Notre dame de Paris

Cliquer sur l'image pour une plus haute résolution (3200*2100 px)

 

Avançons encore et tournons notre regard vers l'angle sud ouest de la croisée des transepts. Là est un des secrets de la flèche. De grandes poutres obliques, les arbalétriers, montent vers la flèche, constituant son ossature. Ces pièces de chêne s'appuyent non pas sur les voûtes qu'elles détruiraient immédiatement, mais sur les angles des murs des transepts, à leur endroit le plus solide. Nous voyons ces arbalétriers, ci dessous, plonger le long d'une voûte massive, en pierre taillée, et se poser à l'endroit prévu par l'architecte pour supporter le poids considérable de la flèche. Son ossature est en poutres de chêne et son revêtement entièrement en feuilles de plomb.

 

Cathédrale Notre dame de paris, charpente, arbalétriers de la flèche. Photo DD

La structure de chêne survole les voûtes de pierre. Trente trois mètres plus bas les fidèles prient.

 

Aucune poutre ne touche les voûtes. Certaines d'entre elles sont assemblées bout-à-bout, pour obtenir la longueur nécessaire. Elles sont assemblées selon différentes manières. Ci-dessous un "trait de Jupiter" assemble deux poutres de chêne situées horizontalement. Essayons de suivre du regard chaque poutre, puis de la prolonger, en esprit, dans sa partie hors photo. Quelle est la fonction de chacune ? Empêche-t-elle un affaissement, empêche-t-elle une torsion latérale dûe aux vents ? Quelle masse porte-t-elle ? Félicitons les maîtres charpentiers et leurs équipes. Tout le levage se fait à bras, même si des palans sont utilisés. Chapeau bas !

 

Trait de Jupiter dans les combles de la cathédrale Notre Dame de Paris

Trait de Jupiter pour assembler les poutres de chêne.

 

Ce compagnon charpentier du Devoir de Liberté, M. Georges, Angevin, l'Enfant du Génie vient de terminer l'érection de la flèche de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, en 1858, sous la conduite de l'architecte M. Boeswillwald (1815-1896). Il oeuvre également à l'érection de la flêche de la Sainte-Chapelle de Paris. Il existe peu de documents permettant de cerner cet homme de génie, descendant de la tradition d'excellence des bâtisseurs de cathédrales du moyen-âge. Cette tradition se perpétue de nos jours grâce au Compagnonnage, à ses centres de formation et à son Tour de France qui se termine à la grotte de la Sainte-Beaume, près de Marseille, où, selon la légende, Marie-Madeleine, finit sa vie.

La flèche est portée par quatre piliers maîtres. Au centre d'un poinçon  non porteur s'élèvent des poutres rayonnantes, comme des baleines de parapluie.

 

Charpente de la fleche de Notre-Dame de Paris

Pose photographique du poinçon central. L'endroit est très sombre.

 

A l'achèvement des travaux une plaque commémorative en fer est vissée à la base du pilier central, comme à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, et porte l'inscription :

 

Viollet le Duc, Plaque compagnonnique de la flèche de la cathédrale Notre dame de Paris

Plaque en fer de 18 par 32 cm, vissée dans le poinçon central.

 

 

"Cette flêche a été faite en l'an 1859 M. Viollet-le-Duc étant architecte de la cathédrale, par Bellu, entrepre - (neur en) charpente, Georges étant gacheur des Compagnons Charpentiers du Devoir de Liberté".

 

Au bas de la plaque se croisent l'équerre, le compas et la bisaiguë, instruments par lesquels les aristocrates du bois et de la charpente, les oeuvriers compagnons - ou compas-gnons - bâtissent des ouvrages en rectitude.

Cette mystérieuse plaque est très peu connue des parisiens et il n'y en a pas de photo. Viollet-le-Duc est âgé de quarante cinq ans. Lorsque les prussiens déferlent sur Paris, en 1870, il participe à la défense de la capitale. Alors âgé de cinquante six ans, il lui reste neuf ans à vivre. Selon Eugène Canseliet, l'alchimiste Fulcanelli aurait été sous ses ordres, Paul Decoeur de son vrai nom.

Viollet-le-Duc est l'architecte, Monsieur Georges est le "gâcheur".

Que signifie ce terme ? Le gacheur, en charpenterie, participe à l'élaboration des plans, au relevé des mesures, au choix des matériaux à mettre en oeuvre. C'est le second du chantier, après l'architecte. Raoul Vergez, compagnon charpentier du Devoir de Liberté, écrit dans le numéro 209 de la revue "Atlantis", fin 1961 : "En 1859 Georges l'Angevin réalisa sa troisième flèche à (la cathédrale) Sainte-Croix d'Orléans ... le grand architecte (Viollet-le-Duc) le fit décorer de la légion d'honneur, ce qui était peu à mes yeux, en comparaison d'une récompense que les "Indiens" lui offrirent en témoignage d'admiration : Le compas d'argent."

M. Maurice Duvanel, expert en charpente et flêche de nos cathédrales et auteur de plusieurs ouvrages, apporte des précisions et corrige des erreurs. M Georges ne fut pas décoré de la légion d'honneur. Né en 1812 à Angers, il est reçu compagnon à 18 ans sous le nom Angevin l'enfant du Génie, puis "compagnon fini" le 29 mars 1837. Il décède en 1887.

 

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Que signifient les initiales I N D portées autour du compas ?

 

Grâce à un lecteur averti, Claude, menuisier, le mystère est levé pour une part. Les lettres sont au nombre de quatre : INDG. Le G se trouve à l'intérieur du losange formé par l'intersection du compas et de l'équerre, au dessus de la bisaiguë. Ces quatre lettres forment le monogramme d'INDIEN, sobriquet des Compagnons charpentiers du devoir de liberté. Chacune des lettres est le début d'un mot. L'ensemble forme une devise secrète qui se lit à plusieurs niveaux.

 

 

L'INDG des Compagnons, musée de Romanèche Thorens

INDG, équerre, compas et bisaigue. Musée du compagnonnage de Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire).

 

Pour M. Maurice Duvanel l'inscription INDG de la plaque doit se lire "Les Indiens Nous Donnèrent le Génie". "Indien" ou "loup" est le nom de compagnonnage de ces charpentiers. Il indique qu'après 1945 un accord avec une autre branche du compagnonnage, les "Soubise", ou "chien", transforme cette appellation en "chien-loup".

"Génie" est à entendre au sens de génie civil, manière de mettre en oeuvre un projet, de le réaliser.

Dans leur travail les compagnons mettent en oeuvre la géométrie ou "l'Art du Trait". Cet art du traçage au sol s'appliquait au moyen-âge à "l'Art Royal", à la construction des cathédrales. Ces monuments conservent parfois en leur sein le souvenir du maître du Trait et son grand compas de traçage, comme à l'abbaye de la Trinité à Vendôme.

 

Abbaye de la Trinité à Vendôme, le maître du trait au grand compas

Abbaye de la Trinité à Vendôme, le maître du trait au grand compas

 

Le roi Philippe-le-Bel (1268-1314) interdit ces corporations oeuvrières, après avoir fait condamner les Templiers par le concile de Vienne, en Isère. Malgré l'interdiction, ces corporations finissent par se reconstituer sur le sol de France. Elles se réorganisent complètement au XIXème siècle, mettant ainsi fin à des guerres internes fratricides.

 

Mais revenons aux trois outils sur lesquels s'enroulent les quatre lettres INDG.

Deux des trois outils sont bien connus, l'équerre et le compas. Ces deux outils sont nécessaires pour toute construction de maçonnerie ou de charpente. La maçonnerie de salon, ou franc-maçonnerie spéculative, s'est réappropriée ces outils tant leur symbolisme est puissant.

Le troisième outil, la bisaiguë, est trés peu connue. Elle n'est utilisée qu'en charpente. Comme son nom l'indique, elle est deux fois aiguë. D'un côté une pointe bédane sert de burin, de l'autre côté le ciseau permet de faire les assemblages par tenons et mortaises.

 

Mais où est donc la lettre G ? Grace à l'infographie de Claude, menuisier, la lettre se révêle, au milieu de la plaque.

 

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Infographie de Claude, menuisier.

 

En haut de la plaque commémorative un phylactère surmonte une étoile à cinq branches. Des majuscules inscrites à intervalles réguliers rendent hommage au Dieu moderne. Il ne trône plus sur un nuage lointain mais sur des engrenages et des machines : le Grand Architecte de l'Univers. Ces lettres partiellement effacées sont le début de mots dont l'assemblage signifie : "A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers".

 

 

ADAGLU des compagnons francs-maçons

 

Au centre de l'étoile s'inscrit un rond doré. Est-ce un G ? Nous aurions là l'Etoile flamboyante.

Cette lettre mythique représente la parole perdue des francs-maçons comme le "verbum dimissum" des alchimistes, au dire de Fulcanelli. La lettre G, en majuscule grecque, se représente par une équerre " G ". Y-a-t-il là un lien ? Pour l'alchimiste Fulcanelli la lettre G est l'initiale du nom vulgaire du Sujet des sages, figurée au milieu d'une étoile radiante. Ce serait la matière de départ du Grand Oeuvre, la Galène ou sulfure de plomb.

Pour  nos "Indiens", Compagnons charpentiers du Devoir de Liberté, le G signifie "Génie".

Ce Génie consiste en l'utilisation, entre autre, de la Géométrie. Celle-ci s'oppose à l'Arithmétique et à ses chiffres. Avec son cordeau de lin et son "Pendule à Salomon" le compagnon trace au sol, par la géométrie, ses plans, coupes, élévations des pièces de charpente. Il ne se sert pas de chiffres, mais d'un long compas, d'une règle à vingt quatre double pouces pour mesurer les angles, de la corde à treize noeud, d'un grand sol plat où il trace à la craie ses épures. Tels étaient les outils de notre gacheur à l'époque des cathédrales. Parions qu'aujourd'hui l'apprentissage de la sience du trait se fait à l'identique.

 

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Bas-relief en façade de la Maison du Compagnonnage, rue de la Charpenterie, à Orléans. Il figure le "Pendule à Salomon". L'alphabet de la rainette est inscrit sur le tour extérieur. Ces traits tracés à l'aide d'une rainette sur les éléments de charpente en atelier permettent, par la suite, l'assemblage sur le site de construction des éléments de charpente entre eux.

 

 

A l'achèvement de la flèche, sept ans après le tableau de Jongkind, la cathédrale peut à nouveau rayonner comme au moyen-âge.

Poursuivons la visite. A côté du pilier central monte un petit escalier en colimaçon, très étroit, permettant d'accéder au premier étage de cette flèche. Derrière celui-ci se voit une petit bout de la charpente de la nef et d'un transept. La charpente de Notre-Dame porte le beau nom de "forêt". On comprend aisément pourquoi. Les poutres sont en chêne. Des poutres sont de l'époque de la construction.

 

 

Escalier menant des combles au terrasson de la flèche de la cathédrale Notre dame de Paris

Nous sommes à la croisée des transepts, sur la voûte.

 

 

Escalier de la flèche de la cathédrale Notre Dame de Paris

 

 

Lors de l'ascension de l'escalier en colimaçon le jeu de charpente se dévoile aux yeux émerveillés. En réalité, le lieu reste très sombre.

 

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En cours de montée, dans l'escalier, coup d'oeil au jeu de poutres partants du poinçon central.

 

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Une enrayure, au cours de l'asension. Le poids qui pend servait à animer l'horloge mise sous Viollet le Duc, en 1867, par l'entreprise d'horlogerie Collin, rue Montmartre, à Paris. Cette enrayure révêle la forme octogonale de la flèche.

 

 

Après la difficile ascension du colimaçon dans l'obscurité de la charpente, l'arrivée au premier terrasson (terrasse) coupe le souffle. Une fois remis de la lumière aveuglante de l'extérieur, la flèche offre une vue prodigieuse. Votre regard porte sur les toits de la capitale, à 360°. Les innombrables pinacles de pierre de la cathédrale s'offrent à vous sous un jour insolite. Vous êtes au dessus des oiseaux dont vous suivez le vol du regard.

 

 

Flèche de la cathédrale Notre Dame de Paris

 

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Il est alors temps de rendre hommage à l'instigateur de cette flèche, l'architecte Eugène Viollet-le-Duc. Vous vous dirigez vers l'angle sud-est et juste en contrebas vous découvrez les quatre grandes statues de cuivre oxydé, couleur vert-de-gris, vues de dos sur la photo ci-dessus. Trois apôtres sont représentés, dont l'évangéliste Saint Jean sous la forme d'un aigle, représentation classique tirée du tétramorphe de l'Apocalypse. La quatrième statue, celle du haut, est tournée vers la flèche et représente notre architecte Eugène Viollet-le-Duc qui contemple son oeuvre.

Il est vêtu à la façon du moyen-âge, une fibule ou agrafe fermant les plis de sa toge. De son bras gauche en équerre il porte sa main à son front, faisant le salut du compagnonnage. Sa main droite tient une longue règle, la règle de la Mesure. Elle porte une inscription à la typographie bizarre : "eVgeMman VIoLLet Le DvC arC aedificavit", qui peut se lire simplement : "Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc édifia cet arc (cette flèche)".

 

Viollet le Duc, architecte, staute de la flèche, cathédrale Notre Dame de Paris

 

 

Cathédrale Notre Dame de Paris, règle de Viollet le Duc

Cathédrale Notre Dame de Paris. Viollet le Duc architecte et sa règle de compagnonnage.

 

 

Certaines lettres sont curieusement inscrites en grandes majuscules. En les isolant et les mettant bout à bout, nous avons VMVILLLDVCC. Est-ce là un code à décrypter ? Chacune de ces lettres peut représenter, en notation latine, un chiffre. Nous aurions alors la suite 5, 1000, 5, 1, 50, 50, 50, 500, 100, 100. L'addition donne 1861. Est-ce l'année de la fin de tous les travaux ?

 

Encore plus caché, le verso de la règle porte également une inscription.

 

Viollet le Duc, cathédrale Notre Dame de Paris

Cathédrale Notre dame de Paris, Viollet le Duc et sa règle de compagnonnage (verso)

Cathédrale Notre Dame de Paris, l'architecte Viollet le Duc et sa règle de compagnonnage.

 

 

NON : AMPLIVS : DVBITO

L'inscription pourrait se traduire par "Je (ne) doute pas (de pouvoir faire) plus ample".

Que signifie ce message ? Est-ce un message de Viollet-le-Duc concernant l'édification de cette flèche, fêtant ainsi son achèvement ?

Viollet-le-Duc est un protégé de Napoléon III. Le vent de l'Histoire tourne en 1870. Celui-ci subit la défaite de Sedan face aux prussiens. Ils se permettent de proclamer la naissance d'un état allemand, le IIème Reich, au château de ...Versailles, dans la galerie des glaces !

En 1874 Viollet-le-Duc part en Suisse à Lausanne où il reçoit commande de la réfection de la tour lanterne de la cathédrale. Est-ce un exil ? Il y meurt cinq ans plus tard et repose aujourd'hui au cimetière du Bois de Vaux, dans la concession 101, entretenue par la ville.

 

 

 

Un soin extrême prévaut à la construction de la flèche. Tous les éléments de bois sont intégralement recouverts de plomb, afin d'éviter la pluie et donc le pourrissement. La flèche est double, la première est en bois, la seconde est en plomb. Les tonnages sont impressionnants et se comptent par centaines : 180 à 200 tonnes de bois et 50 tonnes de plomb, selon l'estimation de M. Maurice Duvanel. Les gargouilles chargées d'évacuer l'eau de pluie sont également habillées de plomb.

 

 

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Viollet le Duc, foudres métalliques de la flêche de la cathédrale Notre Dame de Paris

 

Lorsque, du premier étage de la flèche, vous levez les yeux vers le second étage, les gargouilles grimaçantes et les foudres métalliques qui les enserrent provoquent une étrange impression. Ces êtres de cauchemard semblent venir du ciel. M. Maurice Duvanel explique que pour les anciens ces foudres métalliques agissaient comme des leurres à l'égard des vrais foudres célestes qui, se croyant déja tombées là, iront tomber ailleurs. Ces leurres figurent sur d'autres cathédrales, soit sous formes de foudres métalliques, soit sous forme de serpents ondulants, descendants du sommet de la flêche, comme au sommet de la grande flêche de la cathédrale d'Amiens.

 

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Cathédrale d'Amiens, Foudres-serpents dévalant du ciel vers le sol. A droite, vue de détail.

 

 

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Gargouille évacuant l'eau de pluie au premier terasson de la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris

 

Ensuite, tournant votre regard vers l'est vous parcourez l'épine dorsale de la toiture, la galerie de faîtage ouvragée en plomb, jusqu'à son extrémité où une croix est fichée sur une hampe, restaurée en 1982. Sous celle-ci, à mi-hauteur, un renflement en forme d'ondulation se distingue. Mais qu'est-ce donc ?

 

 

L'objet étrange

 

le serpent se mord la queue

 

En se rapprochant on distingue nettement une bête ondulant comme un serpent, le dos bosselé à la manière des dragons antiques. L'ondulation est verticale, se développant entre ciel et terre. Ce serpent rappelle le serpent Apophis des fêtes médiévales du parvis de la cathédrale et l'Apophis des hypogées thébaines pharaoniques. Une tête canine se voit distinctement sur le côté gauche de la photo. Il se mord la queue. En se dévorant ainsi il se nourrit et se renouvelle indéfiniment.

Est-ce là une figure de la vouivre ? Elle est placée à l'orient de la cathédrale, incarnant la puissance de vie qui meut toute chose ici-bas, incarnant l'énergie vitale. Par assimilation c'est la cathédrale qui devient pour nous dispensatrice de cette vie.

 

 

La vouivre de la cathédrale Notre-Dame de paris

la vouivre de Notre-dame de Paris, dispensatrice de la vie.

 

La vouivre de Notre-Dame de Paris vue du chevet

 

 

Enfin, avant de quitter la flèche de Georges et de Viollet-le-duc, une dernière sculpture en métal accrochée au flanc de la toiture nous interpelle.

 

Vouivre sur la toiture, à Notre Dame de Paris ?

 

Vouivre à bonnet d'âne, toiture cathédrale Notre-dame de Paris

 

Cet être de cauchemard se situe en contrebas et à l'aplomb de la vouivre, dont il reprend la forme serpentine et le dos bosselé à la manière des dragons. La partie antérieure de cet animal hybride ressemble à un ovin, avec ses pattes avant terminées par un sabot à deux doigts. Sa tête est couverte par un bonnet d'âne ou de fou de cour, avec ses grandes oreilles dressées, comme celle du portail sud de la cathédrale. Celles-ci sont le symbole de l'entendement, elles permettent au fou du roi - qui porte le même attribut - de lui dire ses quatre vérités.

Mais quel est cet objet rond et plat mis sur l'oeil du monstre ? Pour certains c'est la pièce posée sur l'oeil du mort, ou sur sa bouche, servant à payer Charon, le passeur des âmes vers l'au-delà. Cet animal monstrueux semble cependant avoir l'âme bien chevillée au corps. Il s'arc-boute sur ses pattes avant et crie vers les parisiens comme pour leur rappeller qu'ils ne doivent pas oublier ici-bas les échéances d'En Haut auxquelles ils seront irrémédiablement confrontés, sans en connaître le moment. A ce monstre du côté sud répond un monstre semblable au côté nord de la toiture.

Mais vous, ami lecteur, l'avez-vous déja entendu, l'avez-vous déja vu ? Lors d'une promenade le long de la Seine et muni de jumelles vous pourriez dialoguer avec lui.

 

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A gauche, tête de mouton à grandes oreilles, portail sud, Notre-Dame de Paris. A droite, détail du Fou de cour d'une gravure rehaussée de couleur d'un vitrail du palais Jacques Coeur à Bourges.

 

 

Relevé des plaques commémoratives des cathédrales Notre-Dame de Paris et Sainte Croix d'Orléans par M. Maurice Duvanel, expert en charpentes et flêches.

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Enfin, ami lecteur, si vous avez apprécié cette visite, vous pouvez continuer votre promenade en allant découvrir les parties hautes, le grand comble et la flêche de la cathédrale d'Amiens avec ses deux terrassons en suivant ce lien. Vertige garanti.

Vous aurez sous vos yeux la plus belle flêche de France, la plus ancienne, la plus haute. Les compagnons y ont laissé leur marque. Viollet-le-Duc se fait représenter deux fois, au niveau du sol de la cathérale, et non en hauteur, invisible, comme ici à Paris.

 

 

 

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