L'hôtel Lallemant de Bourges

l'énigme des trente caissons du plafond

 

Hôtel Lallemant à Bourges, plafond aux trente caissons 1

Hôtel Lallemant à Bourges, caissons 25 à 30

 

Le plafond de la chapelle avec ses trente caissons à emblème est une énigme. Le sens global est perdu. Qu'ont voulu dire les frères Jean et Jean Lallemant, commanditaires de cette oeuvre symbolique au fil d'Ariane introuvable ?

Un alchimiste parisien du début du XXème siècle, le mystérieux Fulcanelli, le décrypte à sa manière. Pour lui ce plafond transmet sous le voile du symbole le mode opératoire de la réalisation de la Pierre Philosophale.

Oui, mais est-ce la seule lecture possible ? Le côté impénétrable de ce plafond semble valider la lecture alchimique, justifiée ainsi à contrario. Malheureusement cette lecture semble également impénétrable aux alchimistes eux-mêmes qui oublient la parole de Socrate : "Il est plus difficile de savoir que l'on ne sait pas que de savoir que l'on sait."

 

Hôtel Lallemant à Bourges, plafond aux trente caissons 2

Hôtel Lallemant à Bourges, caissons 19 à 24

 

Si au lieu de la quête de la Pierre Philosophale, "nouvelle lumière chymique", nous voyons dans ces trente caissons du plafond de l'hôtel Jean Lallemant de Bourges une quête de lumière philosophique et spirituelle, alors un nouvel éclairage se fait jour simplement.

Je vous propose ici cette approche.

Dans ses "Confessions" Saint Augustin donne une réflexion philosophique dont le sens éclaire les symboles de ce plafond exceptionnel (1):

"C'est cela l'innnocence de l'enfance ? Non, Seigneur ... Non, rien ne change de fait, quand on passe des pédagogues et des maîtres, avec les noix, les balles et les passereaux, aux préfets et aux rois, avec l'or, les propriétés, les esclaves. On retrouve exactement les mêmes choses à l'âge adulte : aux férules des maîtres succèdent simplement de plus grands supplices."

Saint Augustin compare l'innonce présumée de l'enfance, avec ses jeux et ses châtiments simples, à la condition de l'homme adulte, aux jeux compliqués et aux châtiments encore plus sévères.

(1) "Saint Augustin, les Aveux" Nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer, éditions P.O.L, janvier 2009, page 72.

 

Hôtel Lallemant à Bourges, plafond aux trente caissons 3

Hôtel Lallemant à Bourges, caissons 13 à 18

 

C'est ce que nous retrouvons ici.

Les trente caissons du plafond s'ordonnent en dix rangées de trois dans une pièce toute en longueur, terminée par un vitrail au blason de la famille Lallemant. Quinze caissons à angelots alternent en quinconce avec quinze caissons où figurent des objets ou des animaux.

Le croisement en diagonal, ou en X, des séries d'ange et d'objet est utilisé depuis longtemps. En 1150 dans un vitrail roman de la cathédrale de Chartres, les panneaux carrés alternent en X avec les médaillons circulaires (lancette centrale, façade ouest).

 

Hôtel Lallemant à Bourges et la cathédrale de Chartres, le croisement en X

Hôtel Lallemant de Bourges et cathédrale de Chartres. Croisement en X des caissons de pierre comme des médaillons du vitrail.

 

Ce croisement évoque un cheminement, des va-et-vient répétés de gauche à droite et de droite à gauche, comme une navette confectionnant un tissu. Il évoque la durée, l'écoulement du temps, cette quatrième dimension, invisible, de l'espace humain. Elle nous permet de vivre, d'agir.

Ce plafond ne parle que de celà. Sur trente scènes, vingt neuf rapportent une action en train de se dérouler. La trentième, but des vingt neuf autres, est statique.

Les angelots personnifient la vie. Ils s'opposent à la mort et tissent avec elle un jeu d'aller-retour, d'actions heureuses ou malheureuses, gaies et insouciantes ou lourdes de peine. Ce jeu est montrée sur les enluminures de quelques manuscrits des frères Lallemant (voir le caisson 10, "la gerbe de souffrance").

 

Hotel Lallemant, jeu de la vie et de la mort

Livre d'Heures, manuscrit enluminé de Jean Lallemant. Le jeu de l'amour et de la mort.

 

Mais pourquoi des angelots ?

Ces angelots, ces putti, selon le terme italien francisé, sont couramment utilisés dans le domaine artistique depuis la Rome antique. Ils figurent en bonne place dans les mosaïques des coupoles des églises italiennes au moyen-âge. Cette culture romanisante se répand en France en même temps que l'arrivée de Léonard de Vinci, des ingénieurs et artistes ramenés en France avec les guerres d'Italie.

 

Basilique Saint Jean de Latran, les anges, mosaïque de la coupole absidiale

Angelots de la basilique Saint Jean de Latran, Rome. Mosaïque de la coupole de l'abside.

 

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Tentons une lecture par ligne, en commençant du côté de la porte d'entrée.

 

Hotel Lallemant, 1ère rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, première rangée de caissons

 

 

Première rangée de caissons :

L'ange au gros cul pesant cherche à s'agripper à la mérelle, la coquille St Jacques, à l'aide de ses mains. Comment le pourrait-il ? Les ailes de cet ange difforme et lourdaud sont attachées sous ses aisselles. Quelle singularité. Mais quel est le sens de la coquille ? Celle-ci est représentée deux fois dans cet ensemble lapidaire. La coquille St Jacques, surtout à cette époque, a un sens compris de tous : elle représente le pélerinage en Galice à Saint Jacques de Compostelle.

Cet ange peu angélique souhaite s'engager dans la voie du pélerinage, pratique courante à cette époque. Le maître de l'ordre de la Table ronde lui-même, auquel sont affiliés les deux frères Lallemant, part faire le pélerinage de Jérusalem, laissant vacant sa place que prendra un des deux frères. Tel est le premier ange de ce plafond, telle est sa résolution intime. Hélas, les embuches vont l'empêcher de pérégriner, de se mettre en chemin. Son gros cul, symbole concis des attachements terrestres, ne peut s'embarquer dans ce voyage. Il est de trop. L'ange, bien qu'il ait des ailes sous les bras pour l'emmener loin, ne peut faire route dans cette coquille, ce vaisseau. Cette route est une mer de feu, comme l'indiquent les flammes sous la coquille. Cette mer brûle, comme tout pélerinage, les parties extérieures à l'être profond. Alors notre angelot reste à terre. Frustration.

Le caisson à sa droite montre un arc débandé, en position verticale, et un carquois rempli de flèche, gisant à terre. Il ne reste qu'à bander l'arc pour tirer les flèches. Hélas, la cordelette permettant au carquois de s'attacher au buste du chasseur ou du guerrier est rompue. L'arc devient inutile. Frustration de ne pouvoir faire ce qui est prévu.

Le caisson de gauche met la tête en bas à un entonnoir Büchner. A l'envers, il déverse le liquide du produit qu'il venait de filtrer. Ces gouttes tombent dans un brasier et se perdent. Expérience ratée, vanité des opérations chimiques hasardeuses. Frustration.

 

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Hotel Lallemant, 2ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, deuxième rangée de caissons

 

Deuxième rangée de caissons :

Deux caissons parlent explicitement du ciel. Au centre un magnifique astrolabe enseigne la vision géocentrique de notre monde. Les parallèles et les méridiens renferment comme une perle en leur centre, une sphère, notre Terre. L'écharpe oblique est l'écliptique, bande zodiacale où roulent les astres errants, les planètes. Un brasier semble menacer l'astrolabe. L'astronomie est-elle une vanité ?

A droite un ange met à terre son genou gauche. Tel le Titan Atlas de la mythologie il porte le ciel et ses feux sur ses épaules. Nous avons là une référence explicite à l'astronomie.

Sur le caisson de gauche un autre ange marche à grand pas. Il souffle dans un buccin. Des flammes s'en écoulent. A-t-il un souffle de feu ? La trompette sert à prévenir les personnes, par le son qui s'en échappe, d'un événement dramatique.

Quelques trompettes sont tristement célèbres, notamment celle de Jéricho ainsi que les sept trompettes du Jugement Dernier. La trompette de Jéricho, au septième tour de la ville effectué par Josué qui l'asssaille, fait s'écrouler les murs de la cité antique. Les sept trompettes annonciatrices (lien vers le texte de l'Apocalypse) du Jugement Dernier provoquent la sortie des cavaliers de l'Apocalypse des entrailles de la terre.

 

Rosace de l'Apocalypse, Sainte Chapelle de Paris. Chacune des sept trompettes anonce un cataclysme.

Sainte Chapelle de Paris. Rosace de l'Apocalypse, 3eme trompette, l'étoile absinthe.

Sainte Chapelle de Paris, la rosace ouest. Au son de la troisième trompette la terrible étoile Absinthe tombe du ciel, empoisonnant les eaux.

 

Sainte Chapelle de Paris. Rosace de l'Apocalypse, 4e trompette

Rosace de l'Apocalypse, Sainte Chapelle de Paris. Au son de la quatrième trompette le Soleil et le Lune sont frappés et perdent un tiers de leur éclat.

 

C'est ainsi que les trompettes provoquent la fin de notre monde rempli de pleurs et de souffrances. C'est la fin de la gloire du monde.

 

Cette rangée de trois caissons est comme un écho au bûcher de vanité fait par Savonarole en 1497 à Florence, où furent brûlés les objets de luxe, incluant des ouvrages d'auteurs anciens, car éloignant de Dieu. La science astronomique, figurée sur cette rangée, semble être dénoncée comme une vanité de l'esprit humain. "Un pauvre paysan qui sert Dieu vaut beaucoup mieux qu'un philosophe superbe qui se néglige et considère le cours des astres" écrit l'auteur anonyme de la fameuse "Imitation de Jésus Christ", au chapitre II, paragraphe 1. Ce texte, rédigé entre 1380 et 1440, connait un fort succés dès cette époque (1). Le titre de cet ouvrage, constamment réédité, est moderne.

(1) Introduction à "L'imitation de Jésus-Christ" par Jacques Fournier. Traduction rythmée par Charles Dietrich. Edition Salvator, 2009.

 

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Hotel Lallemant, 3ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, troisième rangée de caissons

 

Troisième rangée de caissons :

Assis, un angelot s'amuse au détriment d'un passereau. Ailes déployées, l'oiseau vole au ras du sol, à côté de l'ange. Il subit sa férule, son vol étant entravé par le chapelet fixé à ses pattes. Méchanceté naïve de l'enfance : innocence ou perversité de sentir son pouvoir sur plus petit que soi ? La réponse est donnée par les caissons qui encadrent l'angelot central. Ils montrent que le doux voisine avec le piquant, le bien avec le mal, inséparablement.

A droite une ruche à l'ancienne, faite d'osier tressé recouvert d'un dôme de paille, offre son miel, le nectar des dieux. La douceur du miel dans la bouche est précédée par les probables piqures des treize abeilles, représentées plus grandes que nature, afin de les souligner. C'est le prix amer d'une chose douce.

A gauche un pot de cuisine incliné laisse s'échapper de son flanc cassé des chausse-trappes. Le haut du pot de terre est large. Ce n'est pas une cruche destinée à recevoir de l'eau. Le col en serait étroit et un bec verseur figurerait à l'opposé de la anse. Ce pot sert à recueillir la crème qui monte du lait cru mis à décanter, selon l'usage traditionnel. La crème se transforme ici en piège mortel, en tétrapodes acérés. Ces chausse-trappes ont toujours une pointe tournée vers le haut, pour blesser le fantassin et provoquer sa mort par l'infection profonde de sa blessure.

Cette image terrifiante peut s'appliquer à la crème mal conservée, impropre à la consommation. Nous avons là l'image d'une intoxication alimentaire, d'autant plus sournoise que sous couvert de bonne table le piège des bactéries est difficilement évitable pour l'homme, ceci jusqu'à une époque récente. A la différence des abeilles, cette piqure ne se voit qu'après coup. Elle est invisible et parfois mortelle. Amertume cachée sous la douceur.

 

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Hotel Lallemant, 4ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, quatrième rangée de caissons

 

Quatrième rangée de caissons :

Au centre une poule lève ses ailes et becquette les fruits offerts par la corne d'abondance ou corne de la chèvre Amaltée. Quelle chance a ce frustre animal, une simple poule, de goûter à la nourriture réservée à Zeus ! ... Mais la poule ... , n'est-ce pas nous, avec des ailes impuissantes (notre esprit) à nous élever et notre caquetage incesssant ? Insouciants, nous goûtons à la nourriture des dieux tous les jours. Cette nourriture, c'est la vie, sans nous rendre compte de ce miracle quotidien. Les caissons qui entourent la poule le précisent. A droite une angelote trés adroite, en habit nocturne, ouvre sa longue chemise de nuit pour uriner. Pour ne pas descendre aux toilettes l'ange urine dans un sabot qui fait office de pot de chambre. Au delà du jeu, sans doute y-a-t'il un jeu de mot ou proverbe dans cette image, mais il est perdu pour nous. De manière plus commune la figuration d'un angelot masculin aurait été plus approprié pour diriger son jet dans le sabot. Le fait que ce soit une fille qui urine debout relève du tour de force et d'habileté, et donne un indication supplémentaire, perdue. Cependant l'idée à retenir est qu'il s'agit d'un jeu d'enfant, d'une facétie, dans l'innocence et l'insouciance de la jeunesse.

A l'opposé sur le caisson de gauche un ange porte sur ses épaules une gerbe fructifère semblable aux deux couronnes mortuaires des pilastres du millieu de la chapelle. La gerbe n'est pas refermée, la mort n'est pas encore là, mais la vie avance, les jours passent avec le lot d'épreuves, inéluctables. La gerbe se prolonge par une cordelette où tinte un grelot, le même que celui attaché aux pattes du faucon (caisson 27).

Ce grelot de cuivre accompagne de son bruit permanent la marche de notre ange. Ce bruit n'est-il pas le cri de souffrance de l'homme, au fil des jours de son existence ? N'est-il pas le cri de souffrance de notre ange dont la marche des jours qui passent referme inexorablement en une boucle la gerbe de vie sur ses épaules pour la transformer en couronne mortuaire à la fin de ses jours ?

Oui, regardez bien l'entrejambe de notre ange.

Le bas du ventre est remplacé par une grande fente d'où sort une pierre. Notre ange "pisse des cailloux". N'est-il pas, ne sommes nous pas, dans un monde de douleur ?

 

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Cette douleur est concrétisée par la sortie d'un énorme calcul rénal du ventre de l'angelot. Ces violentes douleurs occasionnelles peuvent aller jusqu'à une destruction des reins si aucun soin n'est donné. A ce jeu de mort mis en scène par cette maladie urinaire répond à droite le jeu enfantin de l'urine. La même chose peut être instrument de joie ou de douleur. C'est le jeu de la vie et de la mort dont nous parlent toutes les figures de ce plafond.

 

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Hotel Lallemant, 5ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, cinquième rangée de caissons

 

Cinquième rangée de caissons :

Un enfant se tient immobile, un genou à terre. Seul jeune homme de tout le plafond, il est placé en son exact milieu, comme pour mieux affirmer son importance. Ici nulle paire d'ailes accrochée au dos comme les autres anges. L'enfant, de son bras gauche, pointe de l'index un livre ouvert de sa main droite. L'importance de cet avant-bras est soulignée par les deux caissons voisins où un avant-bras vigoureux constitue l'élément central de chacun des deux.

Que fait cet avant-bras ? Il matérialise la volonté de l'enfant de montrer le livre. En 1510 un livre n'est pas comme un livre d'aujourd'hui. Il est le résultat d'une commande unique auprès d'un maître enlumineur. Son coût est considérable car, outre les peaux tannées qui font les parchemins, les encres et les couleurs à fabriquer avec des matières viennent parfois de très loin. Le travail complet d'écriture nécessite des centaines d'heures de travail d'un copiste et d'un enlumineur. Seules les personnes trés riches commandent et possédent des livres. Vraisemblablement est-ce un livre d'heures - prières à dire selon les heures - , ou quelque autre ouvrage philosophique, voire le livre de Boèce "Consolatio", appartenant à la famille Lallemant. Dans ce livre la Philosophie, sous les traits d'une belle femme, invite Boèce à tourner son regard vers Dieu et à le remercier pour tout ce que la vie lui a donné, plutôt que de se lamenter sur sa prochaine condamnation à mort et ce qu'elle semblerait devoir lui ôter.

Ce rappel des choses du ciel, le long des pages du livre, s'oppose au serpent mort. Ce magnifique serpent, de taille démesurée, gît, replié en huit sur lui-même, la langue sortie témoignant de sa fin. Il est le symbole parfait du cycle solaire dans son chemin zodiacal annuel et des tribulations de la matière dans ses mues répétées au cours du cycle temporel. Les rochers en second plan rappellent la dureté des choses terrestres. Ce caisson oppose le plan matériel et le plan céleste, symbolisé par l'étude et la méditation des pages du livre. Notre personnage, le héros et commanditaire de ce plafond, invite à un détachement philosophique.

Sur le caisson de droite un avant-bras droit est aux prises avec sept châtaignes. Les prend-il ? Les jette-t-il ? Le haut de l'avant-bras vient du ciel. Un brasier l'enflamme. Les châtaignes, fruits d'automne, indiquent une fin de cycle, précédant le dénuement, le noir et les glaces de l'hiver, où la semence mise en terre doit mourir. Un autre enseignement est donné : ce fruit est garni d'une coque épaisse recouverte d'une infinité d'aiguilles extrêmement piquantes. Ramasser les châtaignes est un exercice piquant. En extraire les marrons se transforme en supplice. Là, notre avant-bras accepte courageusement l'épreuve et prend ces fruits dont les piqures sont semblables à des coups de rasoir dans la paume de la main. Y-a-t-il ici une notion de sacrifice nécessaire, d'épreuve ? Le brasier figurant sur le haut du bras renforce ce sens.

le caisson de gauche parle d'un combat. Un avant-bras droit puissant sort du bas de la composition, symbolisant le plan matériel, d'un amas rocheux qui s'empile sur tout le côté gauche du caisson. La main tient un rouleau, vraisemblablement de cuir, rempli de tiges. Au dessus du rouleau cinq feuilles sortent et s'élargissent, avec une parfaite disposition géométrique, trop belle pour être naturelle. L'intention symbolique est confortée par le phylactère qui se déroule autour de l'avant-bras jusqu'en haut du caisson, formant un beau chiffre cinq. Il s'agit d'extraire une quintessence d'un amas rocheux sur fond de flammes. Au-delà d'une lecture alchimique une simple lecture théologique explique exactement ce caisson : l'homme doit transformer les épreuves matérielles, dont l'âpreté est montrée par ces amas rocheux aux arêtes parfois vives, en conscience subtile victorieuse de ces lourdeurs. Telles des plumes légères, ces feuilles incarnent la vie, une vie victorieuse de la confusion terrestre. Elles sont l'espoir, le chemin de vie à suivre. La main ferme aux tendons saillants montre que cette conscience est issue d'un combat constant contre les pesanteurs, qu'elle réclame une énergie ou une confiance forte en l'avenir, pour transformer le lourd en léger (1).

Dans chaque caisson nous retrouvons ainsi deux aspects antagonistes dont la relation tisse la trame de cet ensemble lapidaire.

(1) C'est exactement le message donné dans la rosace ouest de la cathédrale Notre-Dame de Paris, par son premier médaillon des vertus et des vices.

 

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Hotel Lallemant, 6ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, sixième rangée de caissons

 

Sixième rangée de caissons :

Dans le caisson central une coupe en métal ciselé chute. Le lien qui la retient à la gueule d'un lion s'est rompu. La crinière circulaire et radiante du lion lui donne un aspect solaire. C'est la deuxième rupture de lien figurée dans ce plafond. Est-ce l'usure du lien qui en est la cause ? Dans l'affirmative le lion solaire est usé de cette charge superflue. Il rejette le factice, ce qui brille, pour mieux s'illuminer lui-même, épuré.

Cette notion d'abandon est reprise par le caisson de droite. Un angelot marche d'un pas assuré, la tête tournée vers l'arrière, un grand bâton sur l'épaule. Ce bâton est assurément un bâton de compagnonnage, avec un pommeau se dévissant pour contenir ses rouleaux. Sa main gauche brandit ses couleurs, figurées sous les traits du phylactère. "Tu n'as pas ici bas de demeure stable, et, où tu te trouveras, tu seras un étranger et un passant". Ces mots, tirés de "L'imitation de Jésus-Christ" (opus cité, livre 2, chap 1, p.133) s'appliquent parfaitement à notre ange compagnon-passant. Notre maison est au ciel, non ici-bas. Nous sommes des pélerins sur cette terre durant notre vie.

Sur le caisson de gauche l'ange, agenouillé, s'applique à faire passer devant son genou gauche un rosaire, coincé de l'autre côté sous son aisselle et sa main droite. Veut-il casser le fil ? Ce rosaire est certainement celui de la fraternité des "chevaliers de l'ordre de Notre-Dame de la Table-Ronde", à laquelle appartiennent les frères Lallemant, "composé de cinq dizaines dont les Pater étaient d'or et les Ave de corail, enfilés en lacs de soie verte" (René Alleau, opus cité). Notre ange se dépouille des vanités humaines, il allège son âme.

 

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Hôtel Lallemant à Bourges, 7ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, septième rangée de caissons

 

Septième rangée de caissons :

Au centre un ange est assis en équilibre au bord d'une coquille Saint Jacques, les pieds à l'intérieur de celle-ci. Il tient dans ses mains un panier d'osier rempli de petites coquilles. Son genou gauche fait tressauter le panier, entraînant la chute des coquilles. Deux sont déja à terre, trois tombent, une dernière sort du panier. Cette figuration semble être l'évolution heureuse de la frustration vue à la première rangée des caissons, l'ange au cul pesant. Celui-ci ne pouvait monter dans la coquille du pérégrinant. Là, le cul pesant de l'ange a trouvé sa place, le voyage s'effectue. L'ange fait-il des émules en parsemant le sol de petites coquilles, comme autant d'invitations au pélerinage, à la conversion intérieure ?

Le caisson de droite porte le symbolisme le plus élaboré, le plus compliqué, de tout le plafond. Un large van, semblable à une coquille Saint Jacques, occupe une grande partie du caisson. Cet outil agricole permet le vannage, la séparation du grain de blé de ses impuretés. Par un mouvement alternatif vertical imprimé au panier tenu par ses anses, le blé récolté est projeté en l'air. Le vent emporte le son, l'enveloppe légère du grain. Le grain de blé, dense, retombe seul dans le van. L'action se répéte plusieurs fois et laisse le blé, propre, au fond du van.

Mais à la place des grains de blé attendus, un être de cauchemard se cache à l'intérieur de la coquille, solitaire. Quelle funeste récolte.

 

 

Hôtel Lallemant, Bourges. Caisson du scorpion

Hôtel Lallemant, caisson du scorpion.

Grande finesse de la taille : le phylactère effleure la coquille, ménageant des jours évidés.

 

En partie dissimulée sous un large ruban, le phylactère formant le chiffre huit, notre bête s'agrippe à lui par sa corne et sa queue.

Cet horrible bête est un assemblage de scarabée et de scorpion. Du premier il a les deux élytres qui recouvrent le dos et la tête du scarabée à corne. Du deuxième il emprunte les huit pattes tournées vers l'avant et le dard venimeux en bout de queue.

Répandu en Provence le petit scorpion a pour habitude de se cacher dans les habitations jusque dans les lits. Il est l'archétype même de l'horreur que l'on n'attend pas. Que représente le scarabé à corne ? De quelle pensée symbolique le commanditaire de la sculpture revêt-il cet être hybride, l'imposant au tailleur de pierre sans doute interrogatif ? Un proverbe berbère conjugue les deux animaux : "Le scorpion a piqué et c'est le scarabée qui a reçu le coup de bâton."

Caché au fond du van, sous le phylactère posé tel un tissu, notre scarabée-scorpion guette l'imprudent. Ce bon grain est venimeux. Le phylactère plié en huit est la somme des points de l'ombre portée par un cadran solaire à chaque midi de l'année. Le grain de blé est le fruit d'une année solaire, ce scarabée-scorpion également. Que représentent-ils ? Les résultats de nos actions, de nos paroles, de nos pensées. Le scarabée incarne les événements normaux, besogneux, fastes. Le scorpion incarne les éléments dramatiques, qui piquent et blessent mortellement.

Rappelons-nous que Saint Bernard (1090-1153), en 1140, utilise l'image polymorphe d'une colombe à queue de scorpion pour évoquer le poison contenu dans la doctrine d'Abélard (1079-1142).

 

Une lecture philosophique semble probable : d'un bien peut naître un mal et réciproquement. Savons-nous vraiment si le fruit que nous jugeons mauvais aujourd'hui ne se révêlera pas positif demain, et inversement ?

Mais lors du vannage, que peuvent représenter les douze lettres "E", rejettées hors de la coquille comme du son, comme des éléments indésirables ? Il est tentant de répondre "l'image social" du commanditaire de l'oeuvre. En effet le "E" est le monogramme d'un membre de la famille Lallemant, comme vu précédemment sur le dossier du trone du roi David, miniature d'un des livres d'heures des Lallemant. Après avoir perçu la vacuité comme la vanité des actions de ce monde, l'auteur de ces emblèmes invite à rejeter le manteau du "vieil homme", indiqué graphiquement par les "E" du patronyme et de l'image social.

 

La caisson de gauche développe cet enseignement spirituel de manière limpide : un gigantesque "E" couché sur le dos disparaît progressivement dans un amas rocheux qui se liquéfie sous l'action des flammes.

 

 

Hôtel Lallemant, caisson du E couché dans un amas rocheux

Hôtel Lallemant de Bourges. Caisson du E couché dans un amas rocheux

 

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Hotel Lallemant, 8ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, huitième rangée de caissons

 

Huitième rangée de caissons :

Au centre une boule, posée sur un vase d'orfèvrerie, est la proie de flammes violentes. De part et d'autre deux angelots jouent comme des enfants. L'un chevauche un cheval de bois, l'autre fait tourner une toupie, un tourniquet à noix, jouet oublié de nos jours. Les deux anges sont tournés vers la boule enflammée.

Que représente cette boule enflammée sur ce vase ?

Dans l'iconographie religieuse la boule, surmontée ou non de la croix, est le symbole du Monde. Le monde se trouve figuré ainsi dans plusieurs manuscrits enluminés ou vitraux.

Ici notre monde brûle dans un vase ressemblant à une coupe. Mais comment boire à une coupe dont le rebord est plat et large ? Si cette pièce d'orfèvrerie n'est pas une coupe, que représente-t-elle ? Les feuilles d'acanthe, ciselées au pied du vase, indiquent un contenu lié à la vie éternelle. La feuille d'acanthe, dont la caractéristique est d'être couverte de piquants, décore les stèles funéraires helléniques depuis l'antiquité ainsi que les chapiteaux romans et gothiques de nos églises. Elle symbolise la Vie triomphant de la Mort, ultime piquant qui nous saisit à la fin de notre incarnation.

La lecture du vase se précise : ne serait-ce pas un calice surmonté de sa patène, les deux vases étant posés l'un sur l'autre lors de la messe. Leur fonction est exclusivement religieuse.

Surmontant les deux vases, patène et calice, notre monde prend une signification théologique. En effet, derrière la boule enflammée, image du Monde en proie aux affres des turpitudes humaines, se cache l'image d'une hostie.

 

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Hôtel Lallemant, le vase d'orfèvrerie à la boule ignée cache l'image d'une hostie. Enluminure : l'Eglise porte un calice couronné d'une hostie en sustentation.

 

N'est-ce pas théologiquement la même réalité ?

Durant la messe le prêtre, lors de l'Elévation, consacre cette hostie. L'hostie est un morceau de pain azyme. L'étymologie signifie "sans vie" car c'est un pain sans levain, non fermenté, qui n'a pas levé. L'Elévation et la Consécration transforment ce pain en Corps du Christ. Le sens religieux est confirmé par le caisson central de la rangée suivante.

En quoi cette hostie est-t-elle aussi notre globe terrestre, notre monde ?

Notre monde est figuré dévoré par des flammes qui manifestent les tourments humains. Ce monde est sacrifié comme l'hostie qui incarne pour les catholiques le sacrifice du Christ venu sauver l'humanité et lui rendre son état originel d'avant la Chute.

 

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Livre d'Heures de Paris

 

Le monde, c'est nous, avec nos misères, souffrances et turpitudes.

A travers l'hostie un mystère s'opére : par la communion au pain et au vin, au corps et au sang du Christ, nous devenons "un seul corps et un seul esprit dans le Christ". Autrement dit, le Christ, qui est descendu dans notre condition humaine par sa naissance, nous élève à son tour, par sa crucifixion et sa résurrection, à la condition divine. La mort est vaincue.

Le chiffre "3" et la lettre "R" figurés au dessus de l'hostie se rapportent aux chiffres de la famille Lallemant. Le chiffre "3" se retrouve inversé dans la crédence de la chapelle sous forme de lettre "E". Sur le fond de cette crédence les R et E alternent, sous forment de RERERE tandis que sur les enluminures des livres d'heures des Lallemant ce chiffre devient 3R3R3R.

Ce chiffre des Lallemant surmontant l'hostie brûle également dans les flammes. Nous avons là l'évocation des souffrances que traversent la famille Lallemant. Par identification de ces souffrances à l'hostie, une acceptation de celles-si semble se faire, un apaisement. Le commanditaire de ces caissons se tourne vers un plan plus élevé, un plan spirituel.

Le caisson de gauche renforce cette idée : l'ange joue à faire vrombir son tourniquet à noix comme une toupie. Ce tourniquet à noix est le hiéroglyphe exact du monde, le globe surmonté de la croix, le globe crucifère omniprésent dans l'icongraphie religieuse.

 

Tableau de Pierre Bruegel, "Le jeu des enfants", 1560, Kunsthistoriches Museum, Vienne, via Google cultural institute.

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A droite, photo du caisson de l'ange à la noix et croquis explicatif du montage.

Pour en savoir plus sur ce jeu et fabriquer votre propre tourniquet-à-noix, aller à la page du caisson de l'ange au tourniquet-à-noix.

Cette frénésie du monde qui tourne, du monde qui roule, se conjugue avec le jeu de l'ange de droite. Celui-ci parcourt des lieues imaginaires, en tournant sur lui-même entre les autres enfants. Vanité de ces déplacements futiles, qui ne sont que des jeux d'adultes pour se fuir soi-même et repousser le commencement du vrai voyage, le voyage intérieur.

 

Hotel lallemant, caisson de l'ange au cheval de bois et tableau de Pierre Bruegel

Hotel Lallemant, caisson de l'ange au cheval de bois et tableau de Pierre Bruegel "le jeu des enfants", 1560.

 

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Hotel Lallemant, 9ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, neuvième rangée de caissons

 

Neuvième et avant-dernière rangée de caissons :

Au centre une colombe radiante, entourée de flammèches, plane sur notre tête. Elle est le seul symbole expressément religieux de ce plafond. Sa signification est simple. Elle représente l'esprit, le Saint-Esprit. Troisième personne de la trinité chrétienne, après le Père et le Fils, elle jouxte le caisson médian précédent de l'hostie, corps du Christ, deuxième personne de la trinité. De plus, ce Saint Esprit donne toute sa raison d'être à l'hostie car c'est sa descente qui transforme le pain azyme de l'hostie en corps du Christ, lors du rituel de l'élévation dans la célébration eucharistique de la messe.

Le sens religieux s'affirme, alors que nous atteignons le bout de la chapelle, côté verrière où rentre la lumière.

Les Lallemant commanditaires du plafond jouent d'images simples, tirées du quotidien. Ainsi le caisson de droite montre un faucon déchiquetant un crâne humain à terre. Le faucon est aisément reconnaissable par les grelots attachés au dos de ses pattes et par sa tête et son bec. Les détails sont analysés dans la page dédiée à ce caisson.

Ce faucon-pélerin, réservé à l'usage des nobles pour la chasse au faucon, ne saurait se repaître de charognes posées au sol. Ce noble oiseau saisit ses proies, les passeraux, en plein vol et leur brise la nuque d'un coup de bec. Le faucon n'est pas un corbeau et n'en a pas le régime alimentaire.

Encore une fois il faut chercher la signification du caisson au coeur de l'invraisemblance de la situation gravée dans la pierre et qui en fait l'étrangeté. L'allégorie semble évidente et rappelle plusieurs fables de Lafontaine où le faible est toujours la proie des puissants. En l'occurence le faucon "royal" vient-il se repaître des humbles, marchants, bourgeois, jusqu'à ce qu'ils ne leur restent que leur squelette, dépouillés de tout, voire même de la liberté ou encore plus, de la vie. Certains marchands enrichis célèbres, à Bourges même, en firent la funeste expérience peu d'années avant.

Dans l'assimilation du faucon à un corbeau, l'alchimiste Fulcanelli, et son illustrateur Julien Champagne, font une fois de plus un contresens.

 

Face à cette scène sinistre le caisson opposé est un havre de paix. Le livre ouvert est une exhortation à l'étude qui embrase le coeur et l'âme. Il ne s'agit pas de l'étude de choses spéculatives et intellectuelles, vues à l'entrée du plafond, comme la chimie ou l'astronomie. Il s'agit de livre d'heures (de prières), et surtout de philosophie. N'oublions pas que la famille Lallemant possède une très riche bibliothèque de manuscrits enluminés, dont une liste est sur la page précédente. Retenons surtout le fameux texte de Boèce, "La consolation de Philosophie". La famille Lallemant possède un exemplaire manuscrit enluminé, conservé actuellement à la Bibliothèque Nationale de France (Ms Latin 6643) et qui peut éclairer le déroulé de ces caissons. Il porte notamment la même image d'un pot de terre fracturé, recouvert d'une peau, qui laisse s'échapper des des chausse-trappes métalliques, arme de guerre qui perce les pieds des fantassins et les tue par la gangrène ainsi générée. Ce pot figure au caisson sept du plafond.

Mais le livre sculpté sur ce caisson est davantage un livre archétypique. Il pourrait être aussi bien le livre de la Sagesse figurant dans la bible.

Quoiqu'il en soit, ce livre s'oppose à la rapacité des grands de ce monde. Il est comme un bouclier qui appelle à la paix de l'étude et de la méditation chez soi, dans le cabinet des livres - cette chapelle ? - que possèdent  les Lallemant.

 

 

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Hotel Lallemant, 10ème rangée de caissons

Hôtel Jean Lallemant à Bourges, dixième rangée de caissons

 

Dixième et dernière rangée de caissons :

Le caisson central développe une magnifique rose. Avant de voir son sens, examinons sa géométrie. Elle est curieusement constituée de trois rangées de cinq pétales et de deux rangées de cinq feuilles. Ces deux dernières rangées s'inscrivent dans un pentagone parfait, décalé l'un par rapport à l'autre de 36 degrés.

Le pentagone est génèré par le nombre d'or, issu de la célèbre suite de Léonard de Fibonacci, mathématicien de Pise (Italie 1175-1250). Notre rose est signée par la série dorée, le nombre d'or. Notre rose est également signée du chiffre cinq, la quintessence. Nous retrouvons d'ailleurs ce chiffre cinq inscrit sur un autre caisson du plafond, sous l'apparence d'un phylactère en forme de chiffre cinq.

Nous avons là l'expression du Logos, du Créateur, autrement dit de Dieu. Quoiqu'il ne soit pas figuré par un vieillard barbu portant le trirègne, la tiare des papes, ce pentagone est son reflet. Dieu est  parfois représenté par un triangle, symbolisation fréquente dans les vitraux du XVe et après, sous lequel le Saint Esprit est représenté sous forme d'une colombe.

 

Notre-Dame de Cléry (Loiret) Le triangle divin sur la colombe du Saint Esprit.

Notre-Dame de Cléry (Loiret) Le triangle divin sur la colombe du Saint Esprit. Vitrail d'Henri III, 1584.

 

Cette rose sous forme de pentagone termine ainsi l'expression graphique de la Trinité, constituée du Père, de l'Esprit et du Fils. C'est une même réalité divine qui se présente sous trois aspects différents aux yeux sdes humains.

Ainsi la Trinité se développe dans la rangée médiane des caissons, dans les trois dernières rangées. Elle commence, côté verrière, par le Père ou le pentagone, se poursuit à la deuxième rangée par l'Esprit ou la colombe, et se termine à la troisième rangée par le Christ ou l'hostie élevée sur le calice et la paterne.

Les Lallemant expriment ainsi leur foi d'une manière sophistiquée, voire précieuse, où l'érudition y a plus de part que le coeur.

 

Dans son sens philosophique la rose est le symbole de la quête par excellence. Elle peut être la quête de la Belle, la femme aimée, comme la quête de l'Absolu, comme aussi la quête de la Pierre Philosophale pour les alchimistes.

Le livre du "Roman de la rose" de Guillaume de Loris (1200-1238) et de Jean de Meung (1240-1305) est une lecture obligée pour toute personne cultivée. Les Lallemant en ont un exemplaire manuscrit dans leur bibliothèque privée, actuellement conservé au musée de l'Ermitage (Stieglitz 14045), à Saint Petersbourg en Russie. Sous ses deux enluminures en pleine page, remarquons les blasons des Lallemant, tenus par des putti ou des décharnés.

 

Jean Lallemant, manuscrit du Roman de la rose, musée de l'Ermitage, Saint Pétersbourg (Russie)

Jean Lallemant : manuscrit enluminé du Roman de la rose, musée de l'Ermitage, Saint Pétersbourg (Russie). A gauche le Jardin magique, à droite Jalousie élève une forteresse où alternent des R et des 3 dans le dos de jalousie, comme dans la crédence de la chapelle.

 

De part et d'autre de ce caisson à la rose les caissons latéraux portent deux angelots. L'un est assis dans le calme et se livre à la lecture studieuse d'un livre. L'autre fait l'acrobate et jongle avec un rosaire.

Essayez de prendre la position de l'ange acrobate. Sa posture est dynamique. Le rosaire dans ses mains évoque le rosaire de la confrérie marchande de la Table Ronde dont les Lallemant font partie. Cette posture et ce rosaire évoquent les difficultés que rencontrent l'homme engagé dans ce monde, dans celui des affaires comme de la politique. N'oublions pas que les frères Lallemant furent maire de la ville de Bourges.

A l'opposé l'ange assis, en contemplation devant son livre d'heures ou de philosophie ou de sagesse, a choisi la sérénité, l'intériorité. Peut-être ce choix se fait-il à l'issu d'une vie remplie de méandres, dont certains douloureux ? Est-ce un choix dû à l'âge avancé ? Le livre est l'élément graphique le plus représenté dans tous les caissons. Il est représenté trois fois.

 

Cette dixième rangée résume les neuf précédentes : autour de la reconnaissance et de l'acceptation de l'idée de Dieu, quel chemin doit-on choisir ? Mais peut-on choisir ? Le parcours des deux voies n'est-elle pas une nécessité, l'une amenant à l'autre ?

 

 

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